gruyeresuisse

30/03/2016

Portrait de l’artiste en Scarface : Karoline Schreiber

 

Schreiber.jpg« Karoline Schreiber avec Anders Guggisberg », Centre Culturel Suisse de Paris, Performance, le 1er avril 2016.


Atteint d'un mal étrange Karoline Schreiber brûle de tous les feux du dessin. Elle a un brasier dans ses doigts. Le nourrissant de brindilles ses flammes s’attisent pour des bûchers où les bonnes intentions ou du moins la bonne morale se réduisent à néant. L’artiste dessine tout. Elle l’a prouvé dans le même lieu il y a quelques temps en dessinant des anus…


Schreiber 2.jpgAux saints Karoline Schreiber préfèrent les seins et ceux qui les palpent comme des poulpes. Dans le jardin de sa création les êtres se livrent donc à des passions coupables et cherchent des appuis chez Arrabal et autres irréguliers ou extatiques de l’image. Il n’y a donc rien à faire que de se laisser glisser dans l’enfer pendant que l’artiste le dessine. Mais on peut le définir autant comme « paradis dionysiaque ». Pas question d’en sortir. La parade est permanente dans les zones de non droit de cette Tony Soprano d’un nouveau genre.


Jean-Paul Gavard-Perret

L'ami anglais - Cyrus Mahboubian

 


Cyrus 5.jpgLa photographie semble un art "facile", qui plus est - numérique aidant - chacun peut se prétendre photographe. Sont considérés comme tels des faiseurs qui n’offrent que des assignats inutilisables : ces preneurs d’images ne savent pas qui ou quoi ils regardent. Loin de ces fausses archéologies du fugace Cyrus Mahboubian, à l’inverse, a compris qu’il ne faut jamais rechercher le prétendu marbre d’un portrait mais sa « terre » friable.

Cyrus 2.jpgL'Anglais fait exploser l’identité supposée des êtres et du paysage. Il les plonge en anonymat ou non-lieu : leur centre est donc occulté, absent, décentré. Le photographe ne cherche pas forcément le face à face avec son « modèle ». Mais c’est là où ses prises acquièrent une vocation fabuleuse : elles mettent une grâce dans les pesanteurs voire dans la « laideur » du quotidien afin de rétablir à tous les sens du terme un charme.

 

 

Cyrus 4.jpgUne liberté éclate car la photographie réenchante le monde par ce que Deleuze nomme “ la perception de la perception ». Sont atteintes une nouvelle lumière, de nouvelles vibrations proches pourtant du néant mais juste au dessus. S'élisent les bruissements du vent, les clapotis de l’eau. Bref ce qui "couve" en donnant un mouvement à l'espace et au temps provisoirement suspendu.

Jean-Paul Gavard-Perret

Cyrus Mahboubian, « Murmur », commissaire de l’exposition Alison Bignon Galerie Nivet Carzon, Paris, 13 – 17 avril 2016.

 

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29/03/2016

L’offrande faite au regard – Jacqueline Devreux

 

Devreux 2.pngJacqueline Devreux, « J’aurai ta peau », Galerie Pierre Hallet, Bruxelles, avril 2016.

Une nouvelle fois Jacqueline Devreux entraîne par ses photographies et peintures la pensée dans l'inconnu(e) entre le vide et l'évidence. L’immobilité saisie est la résultante de tous les dépôts de vagues successives. Elles créent une suspension, un point d'équilibre au fil du temps qu’il aura fallu pour accomplir la saisie de celle qui - traversant l’image - distille en nous son rayonnement.

Devreux.pngL'œuvre est donc l'aboutissement d'un lent travail d'approches et de révisions. Celui d'un œil et d'une main en mue perpétuelle et obsessionnelle. Il s'agit de dégager des constantes, de laisser des traces visibles et invisibles. Le corps s'ouvre et se referme. D'autres paupières se soulèvent dans la mémoire. La femme s'expose comme énigme. Elle se montre, se cache. S’offre ou se pense. Une pulsation reste ce qui sourd du plus profond mangé d'ombres. Jacqueline Devreux les éclaire ou les brouille pour la sensation, l'émotion, le désir.

Jean-Paul Gavard-Perret

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