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16/03/2016

Les combinatoires de Mauren Brodbeck

Brodbeck 2.jpgMauren Brodbeck, « Mood Motel », Andata-Ritorno, Genève, “Mauren Brodbeck Oeuvres photographiques / Photographic works 2004-2014”, 17 mars – 24 avril 2016.

 

Mauren Brodbeck est artiste, cinéaste, photographe, compositrice, designer, performeuse, musicienne. Elle intègre souvent à ses photographies des interventions graphiques et formelles afin d’effacer certains détails et de ne conserver qu’une essence de l’être, du paysage, de l’objet. L’approche tient autant du minimalisme que d’un goût pour les couleurs à la fois fortes et intempestives. L’artiste les découvre en laboratoire par l’expérimentation de produits chimiques. Une sorte d’architectonique est toujours présente : sur la photographie originale la plasticienne crée effacements, lavages, collages, superpositions pour donner à l’image de base une émotion particulière. Tout un jeu de montré-caché suit son cours et crée un univers original. Il n’est pas sans rappeler un certain pop-art (Warhol, Lichtenstein) mais tout autant le kitsch (Gilbert & George) et la mode ou le design (Yvonne Kwok, Alexander McQueen).

Brodeck 3.jpgL’œuvre est comme sa créatrice : sensible et libre. L’extériorité inhérente aux images ramène à une forme d’intimité. Les quartiers résidentiels ou industriels, les motels sont la base de « sonic landscapes » multi-sensoriels et poétiques : «Dans mon travail la couleur est là. Elle dit tout. Les secrets. Les blessures. Les rêves. Les erreurs. Les amours. La vie. Toi. Moi. Nous» écrit l’artiste. La recherche de l’identité et ses représentations sont les thématiques majeures d’une œuvre aux multiples croisements. L’imaginaire a pour socle le réel mais il en décolle et le reconstruit en formes et traces. Elles perlent, s’épluchent et virevoltent en divers types de progressions. Fausse baroque, vraie postmoderniste l’artiste oblige à un regard affûté. Loin de tout maniérisme la Genevoise fait du lieu de l’image celui d’une « espèce d’espace » (Michaux) envahie de couleurs et de formes à finalité abstractives. Jaillit une forme d’hantise du non-lieu par effet de transferts et de reconstruction.

Jean-Paul Gavard-Perret

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