gruyeresuisse

12/03/2016

Ralph Manfreda : unions libres



AAAManfreda.jpgC’est bien sûr une évidence : la sensualité ne provient pas de la seule nudité. Elle naît des parures qui nimbent les femmes dans la douceur originelle des matins de lumière. Entre le nylon et la chair, les jambes et leurs bas s’instruit dans la tradition érotique une grammaire que Ralph Manfreda reprend à son compte : il capte les mouvements des femmes pour « lever le moment vers l’infini, préservé à un aperçu statique de la mémoire » dit l’artiste. AAAManfreda 4.jpgIl dédie ironiquement son livre « aux 5 scientifiques américains qui ont travaillé sur l’invention du Nylon ».
Offertes de manière faussement naïve entre un état de vision et un état d’évanescence les femmes témoignent d’une vie spéculaire et fantomatique. AAAManfreda 2.jpgElles ouvrent surtout à une expérience intime de la sensorialité. Émane de chaque photographie l’impression que le temps se défait, ne semble avoir plus de prise. Exister revient à errer au fond d'un instant sans borne. La réalité ne peut être qu'une hypothèse vague.
L’érotisme n’est donc pas seulement dans les choses mais surtout dans le regard qu’on pose sur elles. Ralph Manfreda conduit lentement au sein des pulpes par le travail des surfaces qu’il apprivoise afin de les transformer en intimités. Tout est de l’ordre de la caresse et du frôlement. Et soudain d’un corps féminin surgit l’inattendu qui ne peut se saisir qu’à l’intérieur de l’attendu. C’est une présence aussi claire que confuse dans une suite de jeux de textures et de poses L’immobilité appelle le vent avec l’illusion que dans tout ce qui se défera rien ne s’abîme.

Jean-Paul Gavard-Perret

Ralph Manfreda, « Destructured Realities », 726 pages, 2016.

 

09:46 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)

Les commentaires sont fermés.