gruyeresuisse

03/03/2016

Les images sans images de Martin Widmer

Widmer 2.pngMartin Widmer, « L’Ambiguïté où la Morte Inoubliée », Centre de la Photographie, Genève du 4 mars au 8 mai 2016.

L'œuvre de Martin Widmer au CPG prend une résonance poétique particulière. Au centre de son dispositif le miroir règne en maître mais ne s'y retrouve pas ce qu'on attend : la figuration humaine ou plus généralement physique. L’artiste met en question autant la vue que le sens. Les deux s'ouvrent à quelque chose d'insaisissable. Surgit une impossibilité de certitude, de conclusion, de clôture. Et si « L’Ambiguïté où la Morte Inoubliée » plonge le spectateur au cœur des mécanismes de l’image, de la photographie, de la vision ces « Miroirs» paradoxaux déjouent la croyance en ce qu’ils peuvent offrir.

Widmer.jpgWidmer photographie le même miroir sans que ni son œil, ni son appareil n’y apparaissent. Il photographie donc un objet qui habituellement sert à en montrer d’autres selon un superbe retournement. L’objet plein devient vide, irrécusablement, soumis aux seules variations d’intensité de lumière. Le sens du voir est prolongé par un texte de l’artiste : narration d’un visiteur d’une exposition dont l’unique œuvre exposée résiste au regard…

Widmer 4.jpgL’artiste lui même parle de ce travail comme « d’une expérience au cœur même du fonctionnement des images, de leurs ambiguïtés, là où ce qui est vu ne coïncide pas forcément avec ce qui est réellement montré ! ». N’y demeure qu'un flou. Il rappelle que l'être est floué. Aux" mots aux mots sans mots" de "Foirades » de Beckett, répondent ainsi ces images sans images. Tout reste dans l'informe et la retombée. Subsiste un détachement ironique en cette sorte de simplicité : elle n’est pas non insignifiante mais, et bien au contraire, volontairement mal signifiante. Elle est le propre même de la subversion dans l'art.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

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