gruyeresuisse

03/03/2016

Eloge du "non" - Henri Michaux

 

Michaux.jpgHenri Michaux, « Donc c'est non », Édition de Jean-Luc Outers, Collection Blanche, Gallimard, Paris.

 

L'écriture n'existe pas toujours. De moins pas en totalité. Elle peut se perdre en se diluant au gré des sollicitudes extérieures qui flattent bien des égos. Michaux a dû se gendarmer pour préserver son isolement. Il a refusé la musique médiatique et ne s’est jamais plié aux appels de ses sirènes. L'accoucheur de mondes ne voulait pas se disperser dans ce qui n'était pas lui. Jean-Luc Outers a réuni ses lettres de refus radicales ou délicieuses. Michaux écrit afin que demandes d’interviews, adaptations scéniques de ses textes, anthologies, colloques, numéros de revues qui lui sont consacrés, rééditions (y compris dans la Bibliothèque de la Pléiade..), prix littéraires, photos, etc., restent lettres mortes. L'auteur s’en dégage. Mais ce n’est pas qu’un moyen de botter en touche. Michaux refuse les petits bassins d’eau où les narcisses littéraires se mirent, viennent pécher les grigris de la gloire et la rançon de leur vanité. L’auteur a appris de gré plus que de force à lutter afin ne pas finir «gavé de mon propre nom». Ses « non » sont moins audacieux par les effacements qu’ils engagent que par les possibilités qu’ils ont ouverts à l’œuvre. Sans eux l’auteur n’aurait pu pousser si loin la possibilité émise dans Emergences-Résurgences « rendre le lieu sans lieu, la matière sans matérialité, l’espace sans limitation ». Pourrait-on imaginer d’ambitions plus grandes à l’art et à la littérature?

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Les commentaires sont fermés.