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28/02/2016

Flamme brûlante au milieu d’un triangle de glace : Paul-Armand Gette

 

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Paul-Armand Gette reste un bouilleur de cru et un brouilleur de cartes. Il prépare de manière la plus soigneuse ses photographies aux fruits inattendus et qui n’ont rien de pétrifiés quel que soit leur âge. L’artiste cultive l’audace et reste à la recherche des sensations primitives. Le tout dans une sorte d’humour qui n’exclut pas au contraire une forme de cérémonial transgressif. Dans la précision formelle et à chaque époque de son œuvre Gette demeure un géomètre et un cavalier. Elle crée un obstacle au pur jaillissement, à la jubilation prématurée auxquels Gette inclinerait par sa sensibilité romantique. Il l’atténue d'un l’humour intempestif.

 

gette 3.jpgSon « toucher » qu’il soit du modèle ou de tout autre sujet le prouve. Sa main glisse sous l’élastique d’un slip féminin et laisse apparaître le foisonnement d’une toison. Mais parfois ce n’est pas la fréquentation des nymphes qui suscite un plaisir affriolant. Néanmoins Gette met toujours la main à la pâte… pour dit-il  « apporter sa petite contribution à la mythologie et à l’art ». Il s’extrait des histoires de famille des dieux antiques et préfère dériver sur les déesses et sur la virginité de Diane. Mais chez lui la mythologie n’a rien de marmoréenne : elle est incarnée. Ce qui l’intéresse restent les chairs roses d’une fraise écrasée sur une peau très blanche à proximité de la toison plus avenante que celle qui, jadis, fut d’or.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Paul-Armand Gette, « Le Toucher », Portfolio édité par URDLA, Villeurbanne.

 

 

26/02/2016

Not Vital : éloge de la perfection

  

not vital.jpgNot Vital, « 12 + 2 + 1 », Art Bärtschi & Cie, Genève, du 14 janvier au 12 mars 2016.

 

Not Vital peut faire passer Brancusi lui-même pour un baroque. Ses statues sont des formes primitives aux surfaces lisses, parfaites, brillantes, minimalistes. Il faut les scruter de près tant Not Vital travaille une économie de détails. Ces « Têtes » deviennent des modèles d’abstractions quasi pures. Elles imposent leur universalité. Le revêtement enrobe les reliefs d’une même pellicule créée par une haute technologie mise au point par l’artiste. Chaque pièce se couvre de reflets en créant un jeu d’éloignement et de proximité, de chaleur et de froideur qui saisissent le spectateur. .

 

Not Vital oblige l’image à revenir à un état premier. Elle donne une forme à une avant-forme dont le spectateur doit «dévisager » les contenus. Dans ce qui peut sembler un gouffre d’ombre, l’éclosion de miracles, l’ascension de merveilles ont lieu et affichent l’absolu de leur évidence. L’ivresse de la perfection se fait art par des formes aussi simples qu’éloquentes et par leur puissance poétique. Chaque sculpture vit sa propre vie, parle d’elle-même et ne témoigne pas forcément de ce qui se passe autour.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

25/02/2016

Véronique Bourgoin : dimensions de l'inconnue

 

 

Bourgoin.pngVéronique Bourgoin, Autoportrait pour tous, Texte de Charles Kugel, Portfolio n°54 de la collection "Erotica", Chez Higgins, Montreuil, 200 Euros.

 

Véronique Bourgoin se moque des lieux et des repères : elle les saisit pour les soulever. Ce qui est immuable prend l'écorce de l'éphémère: L’inverse est tout aussi vrai. Les nymphes ne viennent pas forcément à la rencontre du regard. Disons le : elles s’en foutent. Elles préfèrent l’appel de la forêt ou des lieux plus ou moins douteux. Mais une poésie s’en dégage.

 

Bourgoin 2.pngFidèle à sa philosophie esthétique la photographe crée divers état de "déroutations», de soulèvements. Surgit la dimension de l'inconnu mais ici bas, ici même. Se déploie la nudité du nocturne dans l’approche d’une forme de néant ou de vide. De lui, sans doute, part le sentiment du divin - et non l’inverse. Mais Dieu en garde la « pécheresse » ! Elle préserve le regard de toute béatitude exaltante. Car il ne convient pas de faire trop vite abstraction du fini. Rien ne sert de le nier : il revient, il fonde ce que nous découvrons.

 

Bourgoin 3.pngEn un tel portfolio le regard est emporté vers une sorte d'obscurité lumineuse. Elle n'a rien de délétère : c'est la poésie, la « vraie » ; celle qui ignore la mélancolie du réel. Toutefois Véronique Bourgoin en connaît la force désirée qui demeure impalpable. Le rien qu'elle retient est donc lié au tissu du monde. Son impossible approche est soulignée par l'effet de nimbe ou d’ouverture énigmatique vers des fonds insoupçonnés. C'est pourquoi de telles photographies ne se prêtent pas à une lecture évidente : elles projettent vers des errements, des oublis, des "omissions" volontaires puisque dans chaque œuvre reste des parts d’ombres.

 

Jean-Paul Gavard-Perret