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21/02/2016

Philippe Fretz : suivez le guide

 

Fretz 2.jpgPhilippe Fretz, « Passeurs », « In media res, n° 7 », février 2016, art & fiction, Lausanne. « Le vestibule des lâches », Idem, « Divine Chromatie », Galerie Univers, du 3 mars au 27 avril, Lausanne.

 

Fretz.jpgPhilippe Fretz - pour ceux qui l’ignoreraient encore - aime les énigmes et la (douce) provocation. Ces œuvres sont des proies devenant ombres mais l’inverse est tout aussi vrai. Il fait pérégriner à travers des indices dont la force d’inertie secoue. L’exaspération du plaisir laisse place un espace où la réalité est concevable uniquement sous une forme essorée et selon des tablatures thématiques et des planches à la Warburg. 2016 débute pour lui autour du concept de « passeur » décliné en mots clés et illustrés : navires, chariots, dos, mains. Existe là plusieurs moyens, comme le rappelle l’artiste, de se tirer du « vestibule des lâches » et d’atteindre la « Divine Chromatie » qu’il va développer à la Galerie univers. Ses voyages - en dépit des mots clés - sont moins géographiques qu'animés d’une curiosité pour une connaissance humaine ou métaphysique. Et esthétique bien sûr. Se retrouve toujours la figuration chère à Fretz : elle semble vivre dans un « ailleurs » de l’ici même et de l’art aux divers remugles. On bascule de de Chirico à Manet en passant par un néoréalisme poétique et corrosif où une forme d’épure fait merveille. Elle lie à la détermination de son élan une forme de lumière particulière et sourde.

 

L’artiste pour cette nouvelle édition et son exposition se fait médium des passeurs d’âmes et de monde. Il devient le "spécialiste" de la médiumnité.  Elle sert pour certains à entendre la voix des défunts : Fretz les fait voir au moment où ils portent le monde, guident les âmes (vers on ne sait quel but…).  Sur leur chemin, nous imaginons que cela fait partie d’une mission (mystique ou non). L’artiste entraîne à leur suite dans des lieux clos ou ouverts. Il existe des fonds de pensées de diverses personnes et de divers objets sacralisés jusque dans ce qui est présenté de manière allusive. Le mystère persiste par un mélange qui libère parfois de la lumière et de la paix. Mais tout est possible. Et dans tous les cas il s’agit pour Fretz d’effectuer un nettoyage énergétique : le monde des Esprits reste relié à celui des vivants.

 

Fretz 4.jpgCes deux "mondes" sont au même endroit, dans la même « planche ». Néanmoins avec Philippe Fretz l'âme demeure "bloquée" sur Terre par effet de corps. Plusieurs raisons sont possibles. Sans doute parce qu’en général l’être est attaché à un lieu ou à un objet et emporte avec lui ses bagages. Il peut également rester auprès de personnes vivantes ou être retenu par de forts sentiments. Existe bien sûr d’autres raisons. Il suffit pour le regardeur de contempler ceux que l’artiste place sur sa route. Il sert de guide là où le réel demeure tapi. Nulle question d’en faire le deuil il s'agit d’en provoquer la renaissance. Philippe Fretz opère donc la coagulation de nos fantômes afin que nous entrions dans leur épaisseur. Elle rappelle la vie d'avant le jour en leur langage minimal et sa syntaxe primitive et profonde que nous voulons ignorer. Elle agite autant le vide de l'être que le faux plein du monde.

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

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