gruyeresuisse

03/02/2016

Anna Jouy et les ombres solubles

Jouy 2.jpgAnna Jouy, « L’Acide citronnier de la lune », coll.; Surya, Editions Alcyone, Saintes, 2016.

 

Anna Jouy est la poétesse des apparitions. Mais celles-ci ne se donnent pas selon un processus discursif ou descriptif : cela ne ferait que tourner autour. La langue de l’auteure participe au secret, elle lui donne forme. Son langage devient vision en sa texture pudique, étrange afin de « re-produire » du visible et traduire l’insu. Le signe est donc poétique : il passe la frontière des peaux à travers les perfusions et les canaux d’un verbe fondateur même si, dans un de ses complexes, Anna Jouy se dit « inculte ». Elle est tout le contraire. Les dits « lettrés » seraient bien incapables de développer des énigmes, de tricoter des maillages insondables comme elle le fait. Ses articulations, ses codes secrets dépassent la parole standard pour atteindre une connaissance qui n’est jamais pure spéculation intellectuelle mais veines du vivant venues de son propre souffle, de sa respiration. Chaque poème marque une route, une piste. Il est ouverture et creusement.

Jouy.jpgLà où les faux poètes disent et affirment, Anna Jouy fait plus : elle inspecte les dessous cachés d’une parole qui ne s’abandonne pas à la première détrousseuse venue. Il faut à l’écriture un engagement particulier seul capable de faire apparaître « L’Acide citronnier de la lune ». En lisant le livre qui en porte le titre et en suivant sa croissance, nous somme sà la serrure de l’extraordinaire d’un réel inconnu. La poétesse en explore les angles morts, cachés dans l’ombre. Elle les projette à la lumière. Quoique tributaire « d’une généalogie très nouée de secrets  de non dits », elle en dégage les nuances prisonnières. Son encre n’a pas besoin de venir de Chine ou du Mexique afin d’en venir à bout. Elle sort du ventre de la terre romande, fribourgeoise. Anna Jouy y plonge sa plume pour écrire avec «  cette attention et de cette intuition à laquelle je ne peux faire confiance et qui détient pourtant la certitude ». Celle d’être encore en vie parmi les ombres appesanties que la poétesse rend plus solubles.

Jean-Paul Gavard-Perret

Commentaires

Fouille, creuse, arrose, nourrit
la plume "cruelle" d'Anna Jouy
et l'angle mort
reprend vie !

Écrit par : aunryz | 03/02/2016

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