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31/01/2016

Le Corbusier visionnaire

 

Corbusier.pngLe Corbusier, «Poésie sur Alger», Hatje Cantz, Ostfildern, 2016.

 

 

Ecrit en 1942 « Poésie sur Alger » fut publié pour la première fois par les éditions Falaize en 1950. L’architecte fait retour sur les projets d’urbanisme qu’il proposa au préfet d’Alger et qui furent refusés par le conseil municipal de la ville. Le texte n’est pas une simple présentation théorique. La poésie du texte tient au rapport que Le Corbusier entretien avec ses idées sur l’urbanisme de la cité et le topos géographique et historique du lieu.

 

Corbusier 3.jpgL’auteur évoque le patrimoine culturel de la ville et son potentiel inexploité : «Nous sommes en Afrique. Ce soleil, cet espace d’azur et d’eau, ces verdures ont entouré les restes de Salambô, les actes de Scipion et d’Annibal comme de Kheir-ed-dinn le Barbaresque. La mer, la chaîne d’Atlas et les monts de Kabylie déploient leurs fastes bleus. La terre est rouge. Les végétations sont de palmiers…».

 

Corbusier 3.jpgLa réédition met non seulement en valeur la qualité poétique du texte mais son graphisme en 17 planches enrichies de plusieurs plans réalisés par le pionnier de l’architecture dès son premier voyage en 1931. Elles montrent comment le brutalisme empêcha l’architecture d’être comparée à un miroir réfléchissant. Le Corbusier accorda à celui-ci un sens bien différent : son seul miroir était celui qui permet de traverser les lieux que l’architecte inventa et mit en jeu.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

10:58 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (2)

29/01/2016

Karoline Schreiber : Anus en rien horribilis

 

Schreiber.jpgKaroline Schreiber , « Quelques trous du cul et un aspirateur automatique », Centre Culturel Suisse, Paris, 26 février - 3 avril 2016., « Ich bin doch kein Automat! », Stadtgalerie, Berne 25 février – 26 mars 2016.

 

 

Schreiber 2.jpgA travers ses dessins Karoline Schreiber travaille selon un processus intuitif qu’elle intitule « dessin automatique » en écho à l’écriture du même nom chère aux Surréalistes. Depuis 10 ans elle propose des performances dessinées. A Paris elle expose sa série de « figuration » d’anus inconnus. Le sujet est a priori des plus scabreux. Néanmoins ces dessins ne recèlent rien de grivois ou d’inconvenant. Existe une réminiscence - inconsciente ou non - de l '« Anus solaire » de Bataille comme aux œuvres dernières d’Artaud. Le trou-dit, comme il l’écrit dans ses « Cahiers du retour à Paris », « fait objectivement dans tout l’infini au lieu d’une forme immédiatement limitée ».

Schreiber 3.jpgConsidérant le corps par son envers, l’artiste sort l’image de la conscience. Elle la broie sans considération pour ce qu’elle vaut, d’où elle vient et pourquoi soudain elle se situe là. Contre un art éthéré des soit disant esprits elle situe le souffle à rebours des habitudes et des conceptualisations. Par cette « post-production » elle extrait l’art de la psychologie, de l’égo, de l’âme, du cerveau. Elle le ramène par un travail « à l’estomac » du côté de la physiologie. Le trou devient un totem paradoxal. L’artiste se délecte du fait qu’il soit regardé comme nature première de l’identité humaine. Comme le disait encore Artaud « l’homme est ramené à sa merde » mais néanmoins de manière drôle et « ex-scatologique ». A l’agression visuelle et sans renoncer à son propos, Karoline Schreiber montre stricto-sensu un fondement : par ses fouillis de traits la lumière en surgit.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Marcus Egli et les fables du futur

Egli 3.jpgMarcus Egli, exposition personnelle, Galerie d’(A), Lausanne.

 

Sorties des fonds de l’être les œuvres métalliques de Marcus Egli transforment l’homme en un personnage non identifié. Proches de la S. F. sans pour autant pouvoir s’y assimiler, les « hominiums » sont installés en rassemblements épars ou homogènes. Egli 2.jpgLa pétrification est contredite par des éclats d’espace, leurs respirations profondes : l’exigu fait sonner la vastitude. L’inverse est vrai aussi. Celui qui à la dénomination d’artiste préfère celle de métallier, autodidacte et indépendant, a découvert l’aluminium lors du rachat d’une petite entreprise de fabrication de pièces de quincaillerie. Il a abandonné le bronze et le métal pour ce matériau à la fois ductile et léger et aux moirures particulières.

 

Egli.jpgSa « statuaire » ouvre des profondeurs. Egli présente des « corps » vibrants de solitude et de mutisme. L’œuvre ramène aux mots de le Genèse : "-Et avant le jour de la création qu'y avait –il ?-L'Attente". A ce qui fut sans lumière l’artiste accorde donc une clarté. Cela conduit à l'émerveillement contemplatif. Le travail est animé d’un mouvement sourd, impressionniste, paradoxal. Elle ramène à l’avant et l’après. Le contenu et l'idée qui le requiert forment une continuité segmentée. Chaque personnage dans sa gravité ne suggère pas a priori de pathos. Néanmoins se dilatent ou plutôt moutonnent une révélation étrange et des interrogations sur le futur du monde. Elles se construisent dans un travail qu’on peut qualifier d'ascèse. La communauté humaine et son devenir prennent soudain une présence plutôt inquiétante.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

10:50 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)