gruyeresuisse

07/01/2016

Les dérives contrôlées de Line Marquis

 

Marquis.pngLine Marquis in « Papier Bitte ! », du 14 janvier au 27 février 2016, Galerie C, Neuchâtel

 

Line Marquis mixte l’image provocatrice et « pieuse ». « Gouine is an attiude » est l’exemple même de ce double mouvement. Frida Kâlho et Silvia Plath ne sont jamais loin mais Silvia Bächli, Sophie Calle non plus - néanmoins selon des perspectives propres à la Lausannoise. Cultivant sa propre « ligne » graphique elle se rapproche aussi, par l’esprit, des actionnistes viennois ; des performances féministes, des écrits corsaires de Pasolini. Mais la créatrice ne cultive pas la nostalgie de telles expérimentations : les siennes préservent l’énergie et le questionnement de la postmodernité. L’artiste tente d’éclairer le monde contemporain par des visions hirsutes, agressives ou drôles. Son monde est complexe : il y a autant d’images apocalyptiques que bucoliques et parfois douces jusque dans la finesse du dessin. Mais parfois le bouillonnement devient plus sourd. Le tout avec humour - jusque dans les titres (« Rison to Bilive ») - et dans le mixage de la couleur et du noir et blanc ; ça et là il existe des touches psychédéliques, des inserts linguistiques ou des « reprises » d’images anachroniques revisitées. Marquis 4.jpg

Line Marquis.jpgLes gravures mélangent l’art naïf à la Science-fiction en des éléments « rapportés ». L’artiste passe d’une figuration défigurante à une forme particulière d’abstraction. Elle glisse de la figure au signe. Ce dernier n’a rien de métaphysique. La création fait masse et s’ancre dans l’ordre de la sensation au sein de narrations intempestives. L’art ne manque jamais d’idée mais le premier n’est pas vampirisé par la seconde. C’est pourquoi l’artiste cultive une volontaire « idiotie » pour provoquer la réflexion. Il ne s’agit plus de conceptualiser mais de trouver ce qui peut à la fois soulever l'inanité du monde et réveiller l’art du temps. Cosa mentale le graphisme est une levée de l’imaginaire et la recherche de l’émotion. Simple et expérimentale l'œuvre prouve combien les mécaniques et procédures se perdent en chemin afin de donner à voir  la recomposition du monde pour lui donner un profil particulier et une nécessaire dérive.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

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