gruyeresuisse

01/01/2016

Laurent Guénat et la « métamorpause »

 Guénat.jpgLaurent Guénat, «Le corps, une nourriture qui tient au ventre », « -36 Editions », Les Bayards, 2015.

 

Laurent Guénat répond de manière double (texte et images) à deux questions essentielles : « qu’est-ce qu’un corps ? Que peut-on en faire ». Si l’on en croit l’artiste le corps c’est de la parole, de la pensée, des protéines. Et il le prouve. Ce sont aussi des gestes et leur cirque : le créateur l’anime, le dresse et tord sous la douleur et le désir. Sous l’attente aussi. Car chez lui le corps fait superbement des siennes et lorsqu’il devient poète, Guénat le sort - s’il en était encore besoin - de toute ascèse. Le peintre est dedans, là où le support devient miroir prêt au sacre de la chair altière pour laquelle il « vote » à tous les coups – car il faut que ce corps exulte.

 

Il reste avant tout la maison de l’imaginaire plus que celle de l’être. Cela permet de l’arracher aux causes temporelles en le portant - moins que vers la fin de certaines fonctions - à la « métamorpause ». Tandis que le dessin met du vivant dans sa mécanique, le texte le découvre encore plus nu. Mais soudain son érection est celle de l’intelligence. Preuve que parfois, l’homme bande avec sa tête. Bref le créateur rappelle que nous sommes jamais plus près de quelqu’un que de notre corps. C’est pourquoi, puisque chaque jour le temps devient plus pressant, il faut le prendre à bras le texte pour l’étreindre, le remuer avant qu’il ne s’affaisse et ne s’évapore « en bulles légères ». Que demander de plus à l’art et au poème ?

 

Jean-Paul Gavard-Perret

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