gruyeresuisse

14/12/2015

Roberto Greco le fabuliste

 

Greco bon.jpgŒuvres de Roberto Greco, Forma, Lausanne.

 

Par la fascination de ses images et le magister qu’elles imposent Roberto Greco fait passer du paroxysme de l’idéal à un abîme animalier. Ancien élève de l’ECAL, Roberto Greco est un photographe faussement « naturaliste ». Il rappelle aux étourdis que rien ne sert de chasser la bête : elle revient au galop. L’artiste s’en empare : empaillée elle devient star puisque dans l’œuvre le règne animal garde le haut du pavé. Il ne manque ni de gravité, ni de légèreté. Car l’animal fait bien les choses. Et Greco devient un fabuliste photographe. Ses bêtes sont nos semblables, nos frères mais les choisir en lieu et place de nous atténue le traumatisme que les mises en scènes de l’artiste génère.

Greco.jpgCelles-ci possèdent ici une perfection formelle. Il y a de la vanité, de la nature morte dans l’air. Mais tous les genres sont revus et corrigés. L’animalité permet de montrer ce que le « sujet » anthropomorphe n’aurait pu révéler à la fois de la vie et de la mort. La fable visuelle se répand pour répondre aux chants désespérés de la condition humaine. Grâce à l’animal ils semblent plus beaux. Roberto Greco fabrique une perspective que nous voulons ignorer. Preuve que l''art non seulement peut mais se doit à l'animal. Il redessine le lieu de l'art comme celui du deuil, de la mélancolie et de la drôlerie. Photographier l'animal revient donc non à proposer une imagerie folklorique mais à saisir qui nous sommes à travers ceux qui nous affectent et nous grignotent.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

09:52 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

Les commentaires sont fermés.