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30/11/2015

Neil Krug : algorithme de l'image

 

 

Krug 3.jpgNeil Krug a photographié le top-modèle Ainsley Burke selon des portraits redoublés inspirés d’un style visuel des années 70. La série « Emery Dream Scene » est très pop-art dans l’esprit. Les photos ont été prises de nuit pour accentuer l’idée du rêve si bien que du pop-art l’œuvre glisse parfois vers le surréalisme.  Les portraits « parlent » loin de toute propension psychologique et mentale avec les formes et les couleurs. Quoique serties du poinçon de la nostalgie elles ne sont pas assujetties à la soumission au passé. L’artiste cherche avant tout à dégager l’image de l’apparence par les effets d’hybridations et de dédoublements. L’image n’est plus un reflet : elle avance pour retrouver le réel, cernant de plusieurs côtés la perte en laissant le champ libre à tout ce qui pourrait advenir.

Krug.jpgLes dogmes de l'esthétique de divers temps et lieux se mêlent mais se distancient à travers des œuvres qui troublent l’idée du portrait. Au sein de la figuration le travail de l’artiste pousse une porte non seulement sur l'onirisme mais vers une vision "lynchéeene" des êtres. Neil Krug plonge en un univers à la fois ouvert et fermé. En conséquence, si la figuration fait loi, on est loin du réalisme. Le piège au regard choisi par l'artiste confronte l’être au réel et à sa propre image.  Le diable de la réalité est à ses trousses mais il est pris dans un univers formel à la recherche de l'algorithme de l’image. Neil Krug illustre comment les techniques créent une dialectique subtile : l’artiste impose une iconographie paradoxale de la modernité. Elle joue sur une nécessaire ambiguïté et un décalage et fait du spectateur un être à la fois libre et aimanté.

Jean-Paul Gavard-Perret

11:26 Publié dans Images, Monde | Lien permanent | Commentaires (0)

29/11/2015

Sarah Haug et l’acide désoxyribonucléique

 

 

Haug.jpgSarah Haug : Ballet Portatif, Galerie Aad, Genève, Marché de créateurs du 4 au 23 décembre, Forma Art Contemporain, Lausanne, Cinq petits cochons, Halle Nord, Genève, du 8 au22 décembre 2015, livre  There is no coming back! » éditions de Paper!Tiger! and Helge Reumann.

 

Pour Sarah Haug les paysages sont sans urbanité et les rues non “avenues”. Ils ne sont pas forcément photogéniques mais l’artiste s’en amuse comme avec ses personnages. Elle préfère la drôlerie au transcendantal. En principe, il n’y a aucune captation ni échange direct entre le sujet des œuvres et l’objet du monde sinon sous forme de farce optique. Dès lors une question se pose : où sommes-nous ? Précisément dans la destruction narrative du sublime sans pour autant que la laideur prenne place. Le temps remplace l’éternité, l’animation la motion, tout est réversible et dynamique au sein du container spatial des images. A la traçabilité de nos viandes elles préfèrent la motilité de leurs silhouettes en faconde.

Haug 2.jpgCertaines scénographies forcent sur la suspension hydraulique. Elles rappellent le démarrage des voitures Ford « Mustang » dans les polars américains des années 70. L’artiste cultive la surprise et les hiatus plastiques. Ses images exaltent de fabuleux reliefs physiques tourmentés pour qu’il dépasse en beauté l’entendement immédiat. Sarah Haug se moque des aménagements des territoires elle préfère les décors hallucinatoires où les célébrités n’apparaissent jamais mais où la folie de ses personnages laisse une trace d’acide désoxyribonucléique.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

28/11/2015

Flynn Maria Bergmann : quand l’exception devient la règle

 

BERGMANN 2.jpgFlynn Maria Bergmann, “Outside The Story”, Kissthedesign; Lausanne, du 28 novembre 2015 au 23 janvier 2016.

Flynn Maria Bergmann est poète et plasticien, il travaille citations, références, lettrismes, fragments en diverses compositions plastiques. L’artiste réinvente le récit de la grande Histoire à coup des bribes de petites qui échappent à tous cadrages mais non aux collages et déchirements. L’objectif est à la fois simple et compliqué puisque dit-il « c’est le tout enrobé de rien, le rien imbibé de tout, qui m’intéresse ». Et ce à l’image de la dent qu’il a perdu il y a quelque temps. Elle trône sur son ordinateur et devient son pense (pas) bête. Perdre quelque chose permet une découverte. Puis il s’agit de coller, montrer, cacher, recouvrir et au besoin détruire pour recommencer.

BERGMANN.jpgCelui qui par la sculpture a appris à aimer l’infiniment petit et l’infiniment grand, la masse et le vide, les jeux de verticalité et horizontalité et qui par l’écriture a compris le silence et le rythme, la force fragile du papier (et ce qu’on met dessus) crée désormais en dessins et collages une invitation aux voyages. Avec un beau souci qu’il aime à rappeler: « l’obsession à épuiser le langage comme s’il était autant matière qu’abstraction ». Flynn Maria Bergmann propose un « carnaval tourbillonnaire entre vies intérieures et réalités du monde ». Preuve que dans l’œuvre comme dans l’être le dehors est dedans. Mais si la règle commune est de vouloir rendre visible l’invisible, l’exception est de rendre invisible le visible. L’artiste cultive cette dernière. A la galerie Kissthedesign le visiteur peut en emporter des fragments.

Jean-Paul Gavard-Perret

08:25 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)