gruyeresuisse

12/10/2015

Le sourire de Mona : Jacques Roman & Christophe Fovanna

 

Roman.jpgJacques Roman & Christophe Fovanna, « Communication au monde de l'art sur le secret aveuglant de La Joconde », coll. SushLarry, 80 p., art&fiction, Lausanne, 2015.

 

L’image et le texte reviennent toujours de loin lorsqu’il s’agit d’échapper au simple reflet. Ils sortent de l’invisible, de l’inaudible, d’un écrit lui-même raturé, d’une image elle-même lézardée. Ils jouent du manque et de l’absence cherche la fissure qu’ils incarnent pour s’alimenter l’un l’autre au besoin. Ils nourrissent ce livre en « repons ». Le poète (J. Roman) et le critique d’art montre comment La Joconde est à la fois la fin et le début des images. Ce qui est le cas de toutes les grandes œuvres. Elle fomente l’imaginaire, le retour, la renaissance, contrecarre discours et images orthodoxes. Les deux semblent provenir d’un lieu et d’un espace à jamais perdu tout en gardant quelque chose de leur origine défaite.

Fragmentaire - puisqu’à deux voies – le livre se dépose au plus près du silence et de l’invisible qu’il parvient à mettre en forme. L’image ou le texte, se « raturant » et se complétant l’un l’autre ne s’étouffent jamais. Ils s’appellent, témoignent des cadavres et des dépouilles de ce qui les fonde.  Ils sont les réceptacles d’un geste à la fois animal et esthétique, celui qui ouvre depuis la chair et l’ombre, le silence et la peau des cultures. Même cryptée, cachée, recouverte, la volonté du texte et de l’image reste toujours  présente dans ce livre. Sur un ton plus léger que celui d’un traité la voyance se perçoit dans le retrait des mots qui à l’inverse se nourrissent de l’ombre portée par les images sur et par eux.

Jean-Paul Gavard-Perret

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