gruyeresuisse

11/09/2015

L'"âminalité" d'Heike Schildhauer

 

 


 

Heike.jpgHeike Schildhauer, Galerie d’(A), Lausanne, 4 septembre - 10 octobre 2015

 

 

 

 

 

Heike 2.jpgHeike Schildhauer poursuit la conquête d’un territoire ouvert à l’humour et au sarcasme ici à travers la chasse. Le thème est comme toujours obvié et permet de créer un jeu entre vie et mort, féminin et masculin. Au chasseur fait place Diane pour laquelle tout tir est permis sauf à devenir mortel. Par rapport aux standards l’artiste réinvente un célèbre bastion : le fameux « Jagtstand » poste avancé d’observation pour la chasse dans les forêts de l’Allemagne du Sud. Celui-ci devient autant une cabane qu’un hôtel de charme où sont recyclés des objets hétéroclites. Diane s’y fait aussi cueilleuse et décoratrice, sauvage et sophistiquée. Des lapins - autant gargouilles que chimères - gardent le lieu. Un auto-portrait sert en quelque sorte de trophée. Tout balance entre un Eden et un lieu de guerre, le tribal et le civilisé.

 

 

 

Heike 3.jpgLe fameux homme des bois des pays suisses devient la silhouette hirsute et transgressive devant lequel s’interpose  la femme et son arme. Elle crée un hymen entre pouvoir et séduction. L’arme produite en céramique et poncée au diamant et dont l’âme est devenue animale (âminale dira-t-on)  permet de remplacer Thanatos par Eros.  Dans le ventre d’une vieille lessiveuse en métal le sang noir et sang rouge se coagulent en d’étranges mictions d’images projetées sur une mosaïque ornementale. Diane permet de repenser le monde qu’il soit primitif ou contemporain. Son sang est moins celui qui coule de la bête que celui des menstruations. Celles-ci ne sont plus considérées comme une malédiction comme ce fut le cas dans les sociétés premières. La femme n’est donc pas interdite de chasse. Entourée de trophées précieux la féminité transcende les forces de mort dans une sorte de « mystère » tiré du fond des âges. Il renouvelle les mythes et donne au monde et à la nature d’autres lois que celles du saccage. Belle leçon poétique et morale. Un rayonnement perdure et efface les pensées de néant en introduisant soudain  non à l’origine mais dans l’origine, à l’enfance du désir et au désir d’exister.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

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