gruyeresuisse

03/09/2015

Michel Frossard et l’intime

 

 

 

Frossard.pngMichel Frossard sait que l’intimité ne se « donne » pas facilement.  Mais chacune de ses photographies reste à la recherche d’une sidération afin de créer un émoi esthétique particulier. Le corps de la femme n’y est pas pour rien. Le noir et blanc ajoute son intensité garde l’anxiété du chemin retiré lorsque les êtres s’abandonnent, perdus peut-être, éperdus sûrement. Il semble s’attarder sur la coulée du corps pour en retenir le cours non sans un certain sens du rite. Son regard rend jusqu’aux les angles morts la possibilité d’être vivants. La femme y est soyeuse  et parfois sauvageonne. Elle se dit frêle mais elle nourrit le feu, cadastre sa limite. Qu’importe si l’ouest part avec le soleil, elle reste l’objet du désir de la lumière qui s’en fait le voyeur. Là où tout est écart de conduite : l’aplomb ou la contre-plongée retient l’essentiel d’un mystère entrevu.

 

Frossard 2.pngParfois le Genevois le segmente mais il reste au plus près du réel. Le visage du modèle demeure caché si bien qu’il n’a pas besoin de baisser les yeux. Chaque prise appartient à l’ordre de la caresse, de l’aporie et de l’impudeur insidieuse. L’image dit ce que les mots ne peuvent montrer.  Dans ce but l’artiste rappelle à ses modèles ce que Matta demandait aux siens : non être mais « se désêtre » afin de s’abolir dans la paix et le risque du total abandon. Aspirées par les contradictions d’ombres et de lumière, les effets de jours noirs et de nuits blanches, les corps semblent entrer dans un dérive programmée et sourde. Chaque femme même plaquée au sol est soulevée par des hélices de lumière au sein de nappes de cendres.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

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