gruyeresuisse

16/08/2015

Du paysage : Paradis ici et maintenant

 

Paysage paradis 2.jpg“Paradiesgärten“, Marianne Engel, Elisabeth Eberle, Annelies Štrba, Gerda Steiner & Jörg Lenzlinger, Judith Villiger, Lex Vögtli, Kunst im Trudelhaus, du 21 Aout au 18 octobre 2015, Baden.

 

Désormais la perception du paysage n’est plus celle d’un monde perçu ou d’un sujet percevant. Elle est devenue un rapport entre les deux avec divers intervalles de distance ou de proximité. La corporéité du monde comme la choséité de l’image se sont construits progressivement  sur le sentiment d’une relativité de plus en plus grande par rapport à la production ou le re-production du paysage. Il faut renoncer à le saisir comme une totalité dans l’ordre de la connaissance. De même il convient de renoncer à croire à une métaphysique de la transparence. Pour autant une « certaine » vision de Paradis n’est pas exclue.

 

JPaysage paradis.jpgudith Villiger, Lex Vögli et quelques autres artistes suisses le prouvent. Ils mettent l’accent sur la valeur du paysage, l’ordre et le désordre qu’il sous-tend ainsi que le type de réalité qu’il dévoile. Ils  interrogent le pouvoir et les limites du  « genre ». Il devient ici non plus copie mais révision du jardin d’Eden selon diverses perspectives iconoclastes. Elles mettent l’accent sur le hiatus qui existe entre un faiseur (et son incapacité à saisir la réalité puisqu’il retourne la passion du réel en passion des semblants) et le « vrai » artiste. Celui qui, en développant un langage propre, donne au paysage sa vraie nature rêvée loin des salamalecs en usage. L’art devient le moyen non pas d’atteindre le « réel »  mais de dire  quelque chose de son au-delà pour dénoncer les mensonges de l’ordre social, du religieux comme  de l’art. Dans l’exposition il n’est plus question de multiplier le pastiche. Au besoin il convient d’y insérer du postiche. Souligner l’artificialité de toute représentation paysagère se crée par des ambiances qui sont autant de dérives plastiques à caractère critique ou ludique là où le paysage comme l’écrit Greenaway  « nous regarde le regarder».

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Images : Judith Villiger, Lex Vögli

08:44 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)

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