gruyeresuisse

06/07/2015

Camille Moravia et l’intime

 

 

 

Moravia.pngAlors que certaines femmes saisies par Camille Moravia dorment dans des lits de fortune d'autres gardent une sérénité près d'une alter ego même si selon l'artiste l'amour n’est pas de tout repos.  Parfois, dans le champ, des vanités règnent. Les modèles ne s’en étonnent pas même si parfois, face à elles, certaines se  recroquevillent  comprenant que surgissent les limites qui sont imposées par le destin. Aucune pourtant fait preuve de véhémence même si chaque réponse est suspendue : elle ne peut atteindre qu’un lieu intermédiaire. Celui où l'artiste rejoint ses modèles.

 

Moravia 2.pngCamille Moravia sait  que l’intimité ne se « donne » pas facilement.  Mais chaque portrait est une sidération.  Pour cela l’artiste rappelle à ses modèles ce que Matta demandait aux siens : non être mais « se désêtre ».  Demeurer  en s’abolissant dans la paix et le risque du total  abandon. Aspirées par les contradictions d’ombres et de lumière, les effets de jours noirs et de nuits blanches, les corps semblent entrer dans le rêve inépuisable même lorsque tout semble fini. Une beauté est mise mais sans le moindre « léché ». Chaque portrait engendre des « découpes », des impulsions si bien que l’image devient « naïve » et sourde là où les corps s’abandonnent. L’artiste en devient la grutière : chaque être est à moitié soulevé par des hélices de lumière au sein de nappes de cendres.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

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