gruyeresuisse

30/06/2015

Bandes et Sarabandes de Lynn Bianchi


Bianchi.jpgPartant de la tradition classique de la photographie Lynn Bianchi cherche le langage le plus proche possible des sensations et de la perception de l'existence. L'artiste transpose le fantasme par les interférences entre l'érotique et la nutrition. En ses narrations les femmes sont nues et d’affamées mangeuses de pâtes. Abandonnées à leur appétit elles ne perdent en rien de leur grâce pleine d'humour que leur morphologie soit longiligne ou épaisse.



Bianchi 2.jpgDu décharnement à l'obésité les femmes trouvent une dimension aussi drôle que sacrée. Elles deviennent des spectres nus  faisant front à l’éternité dont elles sont dispensées si ce n’est par la blancheur dans laquelle l'artiste les immortalise.  Leur signification échappe à tout pathos et dépasse de mille lieues une simple illustration d’une farce. Les bacchanales deviennent les féeries fantômales de notre essentielle inquiétude ou angoisse.  Elles font de nous ce que nous sommes : des êtres triviaux, superbes et dérisoires qui ne mangent plus pour vivre mais vivent pour manger. Beau pied de nez à l’anorexie organisée.


 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Des œuvres de l'artiste sont présentes au Musée de l'Elysée, Lausanne.


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29/06/2015

La société du spectacle selon Philippe Fretz

 

 

 

Fretz.jpgPhilippe Fretz, Bateleurs, In Media Res, n° 6, art&fiction, Lausanne, 2015. Annoncé aux mêmes éditions de l’artiste : « Le crépuscule des lâches » (nous en reparlerons).

 

 

 

 

Chaque époque possède ses bateleurs. Philippe Fretz le « Warburgien » crée avec eux un nouveau chapitre de ses « planches » selon une hagiographie particulière où le passé œuvre le présent et où celui-ci en dépit de son inondation iconographique se voit remisé à une portion congrue. Le tout selon un style ou plutôt le langage que Philippe Fretz invente  le long de ses enquêtes filées. Avec In Media Res n°6 il abandonne le paysage pour ceux qui l’habitent  en arpentant  routes ou chemins de fortune.

 

 

 

L’humour et la feinte naïveté n’y sont jamais oubliés. Le lien entre les deux crée une fragrance particulière où la divagation devient le prétexte à un resserrement. Aux gestes de bateleurs d’hier ceux d’aujourd’hui s’ajustent non sans anachronismes ou décrochements visuels volontaires. De tels accrocs créent moins des chiasmes qu’une synthèse inédite. Les bateleurs semblent parfois emboîter les pas de chanoines égarés sur le chemin d’on ne sait quel cours d’abbesses. Mais tout reste en suspens.

 

 

 

Il y a plus des attentes que des gestes accomplis : lorsqu’ils le sont cela ressemble plutôt à un mime entre  golfe clair et golf aux trous abîmés.  Une nouvelle fois dans cette entreprise si originale le temps vacille, l’imagerie se complète de textes toujours subtils. Ils habillent les créations et les documents d’ailes et de rémiges. Frets caresse ainsi autant le vénéneux que le velours mais  avec distance dans une œuvre de discrétion où les images deviennent les fleurs safranées et énigmatiques des cendres du temps.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

28/06/2015

Dérives ludiques de Tyler Shields (hors frontières)

 

 

 

 

 

tyler shields.jpgPar ses narrations Tyler Shields oblige les stéréotypes à tisser d’autres destins que ceux qu’on leur assigne. Le photographe américain s’amuse en des multiples torsions impeccables : toute la crasse du réel est éliminée selon une hygiène irrésistible.  L’impeccabilité règne si bien que les situations les plus sordides ou ambigües sont superbement maquillées.  

 

 

Shields 3.jpgCertes le réel est convoqué. Mais uniquement en tant que support aux fantaisies de l’artiste et matière à ses dérives. Chaque narration visuelle  devient fantastique et comique par sa plasticité. Trop vrai pour être pris comme argent comptant la réalité laisse place à des féeries salaces ou dérisoires. Les femmes sont des clones ou des semences d’un désir dont la fièvre demeure de l’ordre du spectacle et du jeu. Les évidences du quotidien comme les références cinématographiques ne sont plus que du vent ou un alizée doucereux. Les poses deviennent des inventions farcesques propres à prendre  au piège  le voyeur dont Shields se moque avec superbe à mesure que ses images inoculent leur agréable venin.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 


Tyler Shields, Andrew Weiss Gallery, Santa Monica, Californie

 

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