gruyeresuisse

04/06/2015

Daido Moriyama : Femmes sous influences

 

 

 

Moriyama 3.jpgLes femmes de Daido Moriyama savent cultiver l’attente. Quand elles s’endorment, lorsqu’elles marchent ou se lovent comme des serpents, le photographe leur parle d’amour : il veut solliciter leur propre désir et leur dit son attente esthétique. Il leur fait l’amour à l’oreille avant de les saisir par sa caméra. Il leur parle  quand elles ne sont pas là,  lorsqu’il est absent : il leur parle toujours : « tiens écoute »  leur dit-il. « Tiens à la vie et à ton existence ». Plus tard il les saisit.  Il lui faut parfois beaucoup de jours. Beaucoup de nuits. Mais chaque prise est celle d’un premier jour. Afin que de l’image surgisse un murmure intime. Dans une chambre douteuse, dans une rue. Après beaucoup de mois pour atteindre ce jour. L’artiste les laisse vivre seules, traque leur absence, les abandonne au milieu des gâchis et  des ronces urbaines où fleurissent ces roses.

 

 

 

moriyama 2.jpgElles n’appartiennent pas au pays des essences pures et des gestes parfaits. Elles ont souvent la tête contre les murs, perdues au fond de l'air brûlant et dans la blancheur du temps. Soudain leurs seins deviennent  offrandes. Comme si c'était un film. Pas n'importe quel film. Un désir de film. Un désir de figurer dans leur film. Leur histoire de solitude, de nudité, de peau, de chair à cœur ouvert. Un film sans film. A fleur de peau. Peau sans pellicule. Pour le désir d'être. Par la féminité. Lumière  que lumière. Et le noir dedans. Femme seule. Femme nue. Pour jouer  dans le film du photographe nippon. Réalisé à quatre mains. Après avoir gravi bien des marches d’hôtels de passe dans des rues sordides. Pour une séance sinon de film X du moins de cinéma de quartier. Seule à seul. Seule à seul. Dans le noir. Ou presque. Touchant enfin - loin des salles obscures  - l’intérieur d’elles-mêmes par la force des prises de Moriyama.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 "vintage and modern prints Daido Moriyama", Galerie Bob van Oursow, Zurich

 

Les commentaires sont fermés.