gruyeresuisse

24/05/2015

Nathalie Tacheau : femmes Opinel ou couteaux suisses

 

 

 

 Tacheau.jpg

 

 

Les femmes-enfants de Nathalie Tacheau chevauchent au besoin des ogres.  Elles avancent nues en fines lames. Nues mais armées. Sortant de leurs souliers de luxe elles  percent les hommes comme un Opinel ou un couteau suisse planté sur une table. Qu’importe si la fusion dans le réel n’est pas au rendez-vous. Ce sont des louves nées de l’espace, des filles du futur. Nathalie Tacheau leur fait grimper les mâles comme des escaliers. Elle montre aux assassines le chemin. Les corps voguent soudain. L’atmosphère est d’ambre clair. Il est imperceptiblement transgressif. Si les enlacements engendrent un recueillement, les corps s’enchaînent comme des répliques où les ogres et les pervers narcissiques et passifs perdent leur latin de cuisine.

 

 Tacheau 2.jpg

 

Chose faite ces fantômettes glissent muettes loin d’eux ; et si elles ouvrent la bouche elles ne laissent rien entendre. Ce rien monte jusqu’au sommet des escaliers. Qui les attend ? Qui attendre en haut ? Y a-t-il quelqu’un qui tire les rideaux, les ficelles ? Personne n’est là pour le dire. Les silhouettes enfiévrées de Nathalie Tacheau prennent toute la place. Inutile de leur adresser des prières : elles ne craignent pas que le ciel leur tombe sur la tête. Ou que Dieu s’en mêle.  Il y a belle lurette qu’il est tombé dans l’escalier.  Cela conforte dans une nouvelle étrangeté. Mais plus besoin de donner des explications, de déplier des raisons. Elles s’emboîtent d’elles-mêmes. Loin de l’ombre les corps agissent impeccablement. A sa vue tous les grognements du mâle s’apaisent. C’est un conte de fées. 

 

Ou presque.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

Nathalie Tacheau, « Red Box », Derrière la Salle de Bains, Rouen, 2015, 20 €.

 

 

 

Les commentaires sont fermés.