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23/05/2015

Femme de glace et sujet du désir - Angela Marzullo

 

 

Angela Marzullo – “Makita GELATO”, Espace L, Carouge, Juin 2015

 

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Angela Marzullo – “Makita GELATO”, Espace L, Carouge, Juin 2015

 

Manger de la crème glacée est une expérience qui dépasse les sens. L’année dernière Florence Grivel et Julien Buri l’avait prouvé avec leur superbe « Ice / Cream » (art&fiction, Lausanne). Angela Marzullo en remet une « couche » pleine de saveur et « à l’italiennne » - d’autant que la Genevoise d’adoption et zurichoise de naissance est italienne par son père. Son projet-exposition-performance demeure fondé sur la relation des arts avec les sens et la perception du partage de la réalité. On est loin ici de son travail vidéo sur «Lettres luthériennes» de Pasolini… Se concentrant sur le corps féminin et les stéréotypes qui lui sont liés, l’artiste les décape à travers une femme « friandise » recouverte de crème glacée et donc prête à être dégustée par le désir masculin. Mais de la poupée sucée à la femme de glace il n’y a qu’un pas : l’artiste le franchit de manière astucieuse et au second degré.  Le prototype de la transalpine brune et pulpeuse - objet « dolce vita » de tous les fantasmes et des miracles à l’italienne pour les Marcello Mastroianni du nouveau siècle - intervient renverse ici la notion de matière, de corps et de plaisir à travers photographie et peinture.

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Celle qui doit être ravagée devient la ravageuse : manière pour l’artiste de lutter contre la tristesse de la dégradation (paradoxale) du corps féminin charcuté pour des raisons esthétiques afin de répondre aux « idéaux » masculins.  La crème glacée devient une sorte de métaphore et transfiguration de ce massacre. Contre la passivité et l’acceptation féminines institutionnalisées Angela Marzullo se révèle une fois de plus telle une incisive iconoclaste. Beaucoup de jubilation et d’humour se dégagent de ce travail. Les couleurs jouent de vrais rôles de composition aux irisations changeantes. Toute la postmodernité tend à se déplacer pour modifier la position même du voyeur en ses attentes perceptives. La Genevoise crée l’effraction de la mentalisation par le renouvellement de dispositifs  plastiques.  Surgit une nudité d’un nouveau genre. Elle remet en cause les rapports humains, politiques, sociaux et esthétiques de la société. Un ignoré de l’être est donc rendu visible là où corps exposé et « travesti »  parle loin du jeu que l’art veut habituellement le faire jouer par l’exhibition de la nudité.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

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