gruyeresuisse

06/05/2015

Faveurs de Judy Millar

 

 

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Judy Millar ouvre ses tiroirs aux couleurs : elles se mettent à bouger  très vite sur la toile. Elles semblent ne jamais y coller comme éprises du geste qui va les regénérer. Elles deviennent les fées des faveurs que l’artiste d’origine néo-zélandaise propose. Des rêves s’installent face à la réalité. La peinture la pirate, son langage la brasse. La vie monte plus haut que la brume. Il faut remercier la Reine qui permet tout cela. "Patiente, patiente, agite tes bras ma fille" disaient ses maîtres.  Elle les a quittés comme elle a laissé son île. Mais ses professeurs savent que les miracles existent. Ils arrachent un poids terrible au réel : l’artiste l’allège, le rend plus léger. Les formes s'agitent, montent.

 

 

 

Millar 2.pngJudy Millar les saisit, déplace leurs lignes, Les couleurs deviennent des sucres lents, elles sont des friandises, mélangent les pensées qui roulent dans le fossé. Demeures volutes et envolées. Elles passent le seuil de visibilité. L'émotion trouve des  formes vitales. S’y mêlent le proche et le lointain, le souffle du présent et gong de la vie. Exil intérieur, voyage immobile. L'imprégnation et le geste. Le ferment de l'éveil et l'ouverture sont incorporés à la peinture. Nul besoin d’en chercher le fond : l’art comme l’être n’en a pas. Tout reste une question de surface loin du chatoiement mystique et du glauque voluptueux en une masse de formes et de couleurs dont on ne verra jamais ni le commencement, ni la fin.  Du travail de chaque oeuvre surgit une force brutale et une caresse ingénue par un flux de clarté et des frissons suspendus.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

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