gruyeresuisse

07/04/2015

Abbou de souffle

 

 

 

Abbou 3.jpgJonathan ABBOU, « Pose lente »,  Texte de Stéphan Lévy-Kuentz, collection Erotica, Chez Higgins, Montreuil, 200 E.

 

 

 

Feinte d'incarnation, la photographie devient avec Jonathan Abbou  le lieu où le visible est à la fois transformé et en effacement : il est livré au vertige virtuel au nom d’une certaine déceptivité inhérente au réel. L'être est offert à ce trauma perceptif que le photographe retourne à son avantage en divers jeu d’ombres et de lumière. Le contrat figuratif fait de l'image un paradoxe.  Franchir son seuil ne revient pas à trouver ce qu'on attend - ou trop. Par excès de zèle et de textile ; chaque prise ne risque pas de rameuter du pareil, du même. L'œil devient veuf de ce qu'il espère. Sous la perfection, le « monstre » sexuel  bouge selon divers rites de mystère à la fois drôles et troubles - manière sans doute de sortir de la psyché qui n'est rien d'autre qu'un tombeau.

 

Abbou.pngAbbou joue ainsi sur deux registres : la jubilation d'un parcours initiatique qui provoque un ravissement mais aussi - car il faut bien appeler par son nom - le dérisoire spectaculaire de situation où le regardeur semble perdu en une forme de néant que souligne la perfection des prises. Elles composent une harmonie particulière et sombre.  Dépouillement et surcharges font que sous l'apparente banalité se cache un fantastique érotique dont l’effet retour meurtrier n’est jamais exclu.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

11:22 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)

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