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21/03/2015

La connaissance par le "gouffre" : Claude Fauville

 

 

 

 

 

Fauville.jpgClaude Fauville, Les pisseuses, texte de Pierre Bourgeade, Chez Higgins, 200 Euros. Musée de la photographie, Lausanne.

 

 

 

La mise en évidence de Claude Fauville provoque autant de fascination que de répulsion. D'indifférence que d'agacement. Il s'agirait donc d'une présence inopinée dans le champ de l'art au moment où l'érotisme lui-même est nié au nom d'une fonction naturelle. C’est pourquoi il faut considérer cette recherche plastique comme un symptôme d’un retour de mémoire aussi individuelle que collective. Les images codées se trouvent renversées dans une coulure aussi normale qu'intempestive. Ce qui est mis au premier plan relève avant tout d’une rigoureuse décision et selon une sophistication parfaite de proposer formes et "matière". Elles sont sensées échapper "normalement" à la vision. Néanmoins on pourrait détourner la phrase de Michaux dans ce champ de représentation lorsqu'il affirmait : “ personne n’échappe à cette vision  lorsqu’on parle d’art ”. Il existe en effet soudain - et pour reprendre le titre du livre d’où est tirée cette citation - une  “ connaissance par les gouffres ”.

 

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Fauville 2.jpgPhotographier la vision d'un processus qui échappe au "relevé ornemental" crée la transformation radicale de l’objet-image, voire la réversion ou la révulsion de son existence première. L'image jadis sainte ne devient qu'un vase d'où ne coule aucun breuvage sacré mais au contraire du "sale". L’effet de “ compacité ”  de l’image se double d’un effet de volume et d'une extériorité rendus visibles. Cela entraîne  à la fois une ritualisation qui prive pourtant l'image de son caractère  sacramentelle. La figuration offre ce qui est sensé se passer "derrière les portes" qui vouent certains actes à l’ombre "éternelle". Surgit une altérité. Elle se dégage de l'idée que l'art ne serait qu'une demeure spirituelle et qui offre chez le regardeur devant une hantise et d’infinie méditation face à ce qui pourtant est le plus naturel.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

09:11 Publié dans Images, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

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