gruyeresuisse

02/03/2015

Christian Jelk et le présent gnomique

 

 

 

 

Jelk portrait.jpgChristian Jelk, Le vingtième et unième sera spirituel ou ne sera pas, galerie d’(A), Lausanne

 

 

 


Au visage christique de Christian Jelk répond sa recherche.  Architecte et donc maître du dessin il en fait un outil de la pensée. Mais la  gravure la pousse encore plus loin en portant les traits vers une autre qualité de transparence. Celle-là demande plus d’attention que le dessin qui ne fait que tracer. Or mais la gravure « incise », elle ne peut être reprise ou corrigée.  Toutefois Jelk s’en sert aussi et paradoxalement pour donner plus d’instinct à son savoir-faire de dessinateur. A travers elle il intervient sur  les photographies de femmes des magazines de mode. Il les métamorphose  au moyen de scotchs colorés qui les lardent jusqu’à construire leur quasi disparition. De l’épreuve tirée après passage au noir d’imprimerie ou de suie surgit  une empreinte fantomâle. De la sexualisation standard des images émerge une spiritualisation de la représentation. L’œuvre ne témoigne donc pas d’un simple plaisir de montrer. Surgit le  “ présent gnomique ” d’une contemplation spéculative. Elle suspend et surprend la vision, permet d’entrer en ce qui touche à l’instable contre l’évidence factice des apparences. L’artiste les exorcise.

 

 

 

Jelk 3 bon.jpgExcoriée l’image ne laisse plus le regardeur en état de passivité.  Le Vaudois atteint le réel autrement qu’à travers la chair en maniant la douceur comme l’énergie spatiale capable d’agir sur l’être et son regard. L’illusion réaliste n’est plus possible. Les corps  montrent leur pâleur intérieure dans un environnement quasi abstrait. Plus qu’à un échange sexualisé le voyeur assiste de facto à la réalisation physique de figures de langage : « Ne pas avoir la tête sur ses épaules »,  « avoir la tête ailleurs », « avoir les bras et les jambes coupés ». Toutes ces expressions peuvent être prises au pied de la lettre. Jelk ramène au « pur » langage en une procédure d’effacement, d’oblitération. Il s'approche de quelque chose d'essentiel en déliant les purs effets de réel  en  portant de la sensualité à la spiritualité.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

09:41 Publié dans Images, Vaud | Lien permanent | Commentaires (1)

Commentaires

"une empreinte fantomâle" (0_0). Il suffit parfois d'un accent circonflexe pour fantasmer et alors : "Excoriée l’image ne laisse plus le regardeur en état de passivité."
*Sourire*

Écrit par : Ambre | 02/03/2015

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