gruyeresuisse

28/02/2015

Laurent Cennamo : échafaud d'âge.

 

 

 

 Cennamo.jpgLaurent Cennamo, « A celui qui fut pendu par les pieds », La Dogana, Genève, 96 p., 20 E.

 

 

 

Par son minimalisme, ses déconstructions, ses jeux verbaux (des plus sérieux)  Cennamo saisit le monde dans un dénuement  mais aussi une ivresse. Les deux marquent une obsession, une hantise de l'entrave dont le créateur veut libérer ses œuvres. Après avoir  réparé le trauma du passé paternel et maternel (sujets passionnants de ses deux premiers livres) la poésie se dégage  d’un lieu d'enfermement même si le mouvement est complexe comme le prouve le titre et le vers qui le complète : « À celui qui fut pendu par les pieds  / miraculeusement l'âme est rendue ». Dans ses acrobaties comme en ses épures le texte  permet de penser l'être, son rapport à l'autre et au monde selon un travail de récurrence et de frottage. A ce titre le poète  pourrait faire sienne la phrase de Braque : "une toile blanche ce n'est déjà pas si mal". Pour Cennamo c'est même bien : car à la fin il faut toujours revenir à l'essentiel : l'image primitive et sourde. Jamais loin du presque rien. En dépit de sa jeunesse Cennamo atteint en conséquence une sorte d'essence de clarté. La poésie semble se dérober mais résiste pourtant de manière essentielle. En se sens sous l'apparente banalité se cache ce qu'il y a de plus fantastique, comme il est fantastique, si l'on accepte d'y penser un peu, de posséder un nez et deux yeux, un nez entre les deux yeux.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

27/02/2015

Cyril Porchet : explorations

 

 

 

Porchet.jpgCyril Porchet, Glass, Galerie Christopher Gerber, Lausanne, du 15.2 au 19.3 2015 .

 

 

 

Cyril Porchet propose à la Galerie Gerber un fascinant travail de recherche. Voir un rien en retrait devient possible et cela de la manière la plus « esthétique » qui soit. A cela une raison majeure : l’artiste ne néglige jamais le beau et c’est tout à son honneur.  Pellicules et lumières, couches et sous-couches, structures et couleurs, créent des horizons subtils et poétiques au moment où l’artiste abandonne l’appareil photo afin de revenir à la base même de la photographie. L’étude de la diffraction sous la forme de photogrammes n’est pas toutefois purement spéculative. L’artiste interroge la puissance des images en explorant l’impact du verre sur la lumière et vice versa. Les surfaces sont plus troublantes que troubles. Le regardeur revient à la source de l’image dans ce travail de dérivation et de suspension. L’errance est programmée. Demeurent des formes et frottis éloignés de ce que l’accoutumance nous a appris à regarder non sans une certaine myopie. Surgit un « miroir » d’incipits visuels ou leur  labyrinthe. L’image à la fois, chante, vole, apprend à découvrir. Parfois un  diable semble remuer sa queue ou ses doigts. La langue plastique ne se reconnaît pas mais elle virevolte comme un printemps.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

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26/02/2015

Marie Boucheteil : l’art au poil - Aperti 2015

 

 

 

 

 

Boucheteil.jpgMarie Boucheteil, Aperti 2015 - ouverture des ateliers d'artistes à Lausanne, 21 et 22 mars 2015

 

 

 

Dans ses dessins Marie Boucheteil met en scène des personnages diaboliques et des plantes monstrueuses et vénéneuses soigneusement  grimés sous des aspects drôles et (plus ou moins) inoffensifs. Influencée par toute une iconographie underground mais sachant aussi caresser parfois une touche de romantisme l’artiste cultive tout duvet dans le sens du poil. En violation des règles esthéticiennes actuelles du « bon » goût qui impose l’épilation, l’artiste reste dans le monde de « freaks » qui ne se rasent pas mais ne barbent jamais.

 

Boucheteil 2.jpgEn des images de cours des  miracles, des personnages et végétaux hybrides se baladent ou errent. L’atmosphère semble sortie d’un autre monde. Pourtant au sein de cette ménagerie hirsute rôdent  nos semblables, nos frères et sœurs. Charnels et poilus tout autant que mystiques la faune humaine et la flore ébouriffée permettent des transfuges de la Belle à la Bête et vice-versa. Faisant toujours l’impasse dans son expressionnisme - en rien abstrait -  sur ses propres  joies, peines, repères, Marie Boucheteil opte pour  un réservoir ironique, onirique et/ou cauchemardesque. Le tout pour le plus grand plaisir du regardeur. Pas question pour autant de se rincer l’œil. La plasticienne montre comment détrôner les images-clichées selon différentes chimères  où la pilosité devient le squelette de l’être et sa chair.

 

Jean- Paul Gavard-Perret

 

14:27 Publié dans Femmes, Images, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)