gruyeresuisse

30/01/2015

Fabienne Radi : rendre vivante la peinture

 



 

Radi 2.jpgFabienne Radi, Cent titre sans Sans titre, Boabooks, First Edition, Genève, 26 CHF.

 

 

 

A l’inverse de ce qui se passe pour les livres, des œuvres d’art on ne retient jamais (ou rarement) le titre mais leur auteur.  Fabienne Radi répare ici ce méprisable malentendu en choisissant parmi un catalogue de 3000 titres ceux qui lui parlent même si elle n’a pas les œuvres retenues. A la manière d’un Derrida (en plus coruscante et incisive) l’iconoclaste développe un essai sur la question du titre dans l’art, explorant ses potentiels fictifs par delà les considérations liées à l’histoire de l’art. En conséquence elle fait clignoter dans les cases du cerveau des lumières intempestives. Chaque titre (sauf bien sûr ceux qui n’en n’ont pas - d’où le libellé du livre)  permet d’imaginer des souterrains, des sentiers, des pizzas aux ingrédients inédits car à l’inverse des noms d’artistes qui sont là pour canaliser l’imaginaire, les titres battent la campagne pendant qu’elle est encore chaude (et même lorsqu’elle devient glacée).

 

 

 

 

 

Radi.jpgCelle qui aime entreprendre des réformes (elle n’habite pas à Genève pour rien…), renonce ici à classer, à lutter pour les femmes, prononcer des sentences girondes. Au besoin telle une infirmière peu amène elle tire sur des  ambulances en un livre qui n’est pas conçu pour lui apporter des palmes ( à moins qu’existe le Grand Prix du Pourquoi Pas). Sortant les titres des réflexes automatiques, par son esprit preste et zélé, Fabienne Radi  invente des cartes du tendre plutôt que tendre sa carte Cumulus aux caisses de Migros. Surgissent pêle-mêle des considérations de derrière bien des fagots et de nombreux fourrées. Manière de revisiter le sens d’œuvres sans le moindre didactisme et sans rien (apparemment)  de strictement « intellectuel ». Le jeu en vaut la chandelle s’y éprouve l’amour de la vie et l’intelligence de l’art. Il ne s’agit pas ici de peindre la vie mais de rendre vivante la peinture.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

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