gruyeresuisse

29/01/2015

Sniff, Sniff


Tingely.jpg« Belle Haleine - L'odeur de l'art », Museum Tinguely, Bâle,11 février - 17 mai 2015

 

 

 

Sur le clavier des sens de l'art plastique l'odeur est la belle délaissée. Contrairement à ce que pensait Baudelaire les parfums ne répondent pas (ou très rarement) aux sons ou autres stimuli. Pourtant, les odeurs évoquent, subjectivement et/ou culturellement des émotions, des souvenirs et associations. La fameuse Madeleine de Proust est toujours là afin de le rappeler. Mais  pour la première fois (sauf erreur) une exposition place l’odorat au centre de la perception esthétique. Les responsables de cette audace ont par ailleurs la bonne idée de casser un dogme. Lorsque l’art recourt à des stimuli olfactifs, c’est souvent de manière subversive. Les odeurs se veulent en art le plus souvent provocatrices, sulfureuses et repoussantes. On a souvent glosé sur « l’art et la merde » voire sa fabrication avec la fameuse « cloaqua » de Delvoye. A l’inverse lorsque l’odeur  est « bonne » elle s’isole dans un secteur particulier : celui de l’univers du luxe où elle se transforme en parfum.

 

 

Cloaca600.jpgL’exposition tente donc de répondre à la question : que se passe-t-il lorsque le nez devient le vecteur principal de l’expérience artistique ? Les conservateurs ont fait appel à des œuvres et installations notamment de  Duchamp, D. Roth, Ruscha, Soares ou Tolaas pour répondre à ce problème. Le tout est complété par un cinéma olfactif et un vaste programme interdisciplinaire. L’exposition prouve que  faire éprouver l’odeur et  le parfum est une entreprise délicate mais pas impossible. Elle permet d’évoquer l’impalpable, l’absence.  Et peut-être l’indispensable et le plus fort : «De ce qui ne reviendra plus, c’est l’odeur qui me revient», écrivait Barthes tandis que  qu’ Elisabeth de Feydeau rappelle que les «mots sentent». L’art trouve ainsi à Bâle sa dimension la plus méconnue, son inconscient (collectif ou non). « Le parfum c’est l’odeur d’homme » disait Giono. L’exposition souligne qu'il est aussi celle de l’art. Sans forcément se transmuer avec le  N° 5 de Chanel en effluves  ni se réduire aux miasmes de la déjection ou de la putréfaction.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

 

Commentaires

Père Siffleur semble étranger à la connaissance du système ORL qui fonctionne en exponentielle groupée lorsque l'ensemble est humide .
Chapeau bas "arts et sciences" à l'expo et son critique averti .
Commentaire écrit par une souris verte diplômée en chimie supérieure.

Écrit par : Villeneuve | 04/02/2015

"que se passe-t-il lorsque le nez devient le vecteur principal de l’expérience artistique ?" C'est simple : il invente un nouveau parfum...

Écrit par : Géo | 04/02/2015

Ce qui vaut mieux qu'une odeur de sainteté.

Écrit par : gavard-perret | 04/02/2015

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