gruyeresuisse

28/01/2015

Floriane Tissières dans les couloirs du temps

 

 

 

Tissières bon.jpgL’œuvre de Floriane Tissières taraude la mémoire du beau qui soudain ose le présent. L’œuvre n’en fait donc pas le deuil et  transcende le temps en redonnant un élan au concept remisé dans ses couloirs. Se « perdre » dans  le passé permet de retrouver une idée de la beauté ce qui peut apparaître comme une provocation. Dans l'oeuvre de la Valaisanne le thème rémanent est celui de la colonne grecque. Elle devient une peau sur laquelle diverses images sont tatouées et témoignent d’une germination qui ensevelit l'hier dans l'aujourd'hui comme l’hiver dans l’été en de curieux mélanges ou « collages » d’héros de la mythologie moderne (Picasso, Cocteau, Marylin, Chaplin) d’objets fétiches (voitures, Bouddha, Coca-Cola, scènes érotiques). La nomenclature hollywoodienne balaie les Apollon, Héraclès et autres divinités même pas réduites au rang de vanité. La colonne n’est donc pas le témoignage d’un culte de la ruine puisque sa mythologie redevient contemporaine et est traitée selon divers axes pour faire de cet objet de référence un élément composite dont le but  n’est plus de supporter.

 

Tissières 2.jpgPrivée de ce rôle la colonne retrouve une liberté ou une vacuité déclinée en noir et blanc ou en couleurs. Floriane Tissières par ce biais monte la futilité en épingle, renvoie le mythe au gadget dans un mixage de la nostalgie (même du présent !), de l'éphémère et de l'illusion et la fiction. Ce qui pourrait faire décor disparaît au profit d’une forme de graphisme hypnotique capable d’inscrire les traces insidieuses d’une postmodernité qui croule sous les images médiatiques. « Corrodée » ou recouverte par de telles images la colonne est un phallus dérisoire qui n’exalte plus rien et n’a parfois plus la force de s’ériger. En ses effervescences d’images « collées », l’immobilité liée à la forme fixe est remplacée par un défilé d’impressions fugitives.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

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