gruyeresuisse

05/01/2015

Les pistes multiples de Rudy Decelière

Decelière 2.jpgRudy Decelière par ses films, sons, installations et création d’images fixes en petits formats ou grands pans crée une confrontation avec l’espace. Il faut du temps pour appréhender de telles propositions. Elles imposent une confrontation communicante à longue haleine.  Ceux qui trouvent de mauvaises raisons de ne pas s’arrêter ratent des séries de variations. Chaque œuvre tient le regard en respect et le fait avancer par l’invention d’une « visualité »  ou d’une « choséité » qui ne s’adresse pas seulement à la curiosité du visible,  mais convoque tous les sens. Des petites pièces surgissent un rut enfantin, un égrainement horizontal de figurines et une onction de salves où la mer semble avancer. Des pans de murs provoquent d’autres embarquements dont la destination pourrait être Cythère. S’y distinguent des seins  qui éblouissent de leurs lumignons dont ils sont bâtis. Les formes dansent comme diluées dans l’espace mais au même moment elles provoquent une compacité. Elle peut donner au spectateur l’impression d’être soumis à une sorte d’immanence d’un état de rêve éveillé.


Decelière.jpgLa matière à voir se transforme, passe de l’abstraction au figural selon divers types d’évidences lumineuses mais décalées. Si bien que chaque « pièce » semble un objet jamais atteint et qui échappe comme dotée de la puissance des choses insues. Rudy Decelière  renvoie à une luminosité et une obscurité essentielle. Elle est  le lieu d’un rite de passage où tout s’inverse et dans lequel le son n’est pas oublié. Il vibre à des cadences légèrement  décalées comme si ses visages  étaient d’aléatoires questions de fréquences et  débits.  Le regard tombe pour se dissoudre comme dans un brouillard de vif argent.  L’art devient une figure du monde dans la partie qu’il  joue avec lui.  Il est aussi la fable du lieu où nous rêvons peut-être de glisser afin de briser notre façon de voir, d’entendre et de penser. Chaque regardeur peut éprouver de nouvelles  sensations : marcher, regarder, sentir le corps séparé du reste du monde comme un adolescent qui « conjugue » un étrange bonheur sans justification.

 

 

 

J-P Gavard-Perret

 

 

 

15:08 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

Les commentaires sont fermés.