gruyeresuisse

30/12/2014

Anoush Abrar : luxe, calme et volupté.

 

 

 

Anoush Abar.jpgDans ses travaux de commande ou personnel par boulimie de signes noirs à graver les corps blancs. L’inverse est vrai aussi. Mais existe aussi tout l’éventail des couleurs. Somptueuses les égéries du Lausannois ne se contentent jamais d’un luxe de surface. Les  parques blêmes sont habillées par l’artiste qui les transforme en reines incontournables dont on ne sait quel empire oriental. Le vêtement métamorphose la femme en des canevas géométriques et scénographies labyrinthiques où la mécanique du vivant se fait lascive, cruelle mais tout autant tendrement lancinante. L’œuvre  souffle le chaud et le froid, la proximité et la distance. L’anatomie est modulée selon des volutes libératrices, des structures en cristaux. Surgit l’illusion d’apparences presque divines superbement détachées dans leur évanescence du plancher des vaches. Les  modèles de l'artiste ne doivent exister que dans les rêves les plus improbables tant elles jouent sur d’autres partitions que celles de la réalité. Celles d'Anoush Abrar mêlent densité et légèreté en des rituels sophistiqués.

 

Anoush Abar 2.jpgElles semblent sortir d’un film muet où rien ne bouge. Dans leur diversité toutes appartiennent à un monde idéal. Elles sont autant de spectres qui hantent les cabinets privés de l’Orient-Express. Bercées par le roulis des boggies  elles trament des rendez-vous secrets en taupes dormantes de pouvoirs occultes. Le travail de leur metteur en image  devient la manière d'enlever du corps ou plutôt de le transformer selon des compulsions mystérieuse faites pour offrir l’émergence d'harmonies non imitatives. Elles touchent à l’éphémère du réel et à l’éternité de l’image. Avec Anoush Abrar des louves rentrent dans la bergerie de l'art. Ses « proies » se tiennent roides sous leurs tenues d'apparats. Chacune d’elles est plus magistrale que les autres en ce qui les lient à la fois à  l’épure d’un côté et à la luxuriance surréaliste de l’autre En sort une majesté qui ne se contente pas de répondre à la curiosité du visible mais au désir d’atteindre l’immanence d’un état de rêve éveillé. La femme y reste l’impalpable. La photographie est donc bien autre chose que l’indice de la possession carnassière des apparences, autre chose que cette mimesis en laquelle elle se fourvoie et dont le prétendu "réalisme" représente la forme la plus détestable.

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Les commentaires sont fermés.