gruyeresuisse

29/12/2014

Bérénice Constans et le féminin du monde

 

 

 

 Constans.jpgPour Bérénice Constans la notion  d’Un est équivoque. Tout comme les concepts de dehors et de dedans. Le principe de ses œuvres est plus actif, plus premier. Il englobe aussi ce qu’on nomme généralement rêve et réalité. Pour la créatrice « un axe de lumière traverse tout le corps depuis le sexe jusqu’au cerveau » : cette trajectoire intègre le diurne et le nocturne. Dans ce dernier on enferma la femme pour en faire une sœur cloîtrée. L’artiste s’est dégagée de ce piège pour créer un mixte du charnel et du spirituel, du désir et de la pensée, de l’érotique et du noétique.

 

combet 2.jpgCassant les vieilles allégories Bérénice Constans a recréé une déesse-serpent qui développe ses anneaux bien mieux que le font le sexe des anges et les phallus. Les deux court-circuitent d’une libido ou d’une spiritualité mutilante  le mouvement du bas vers le haut, du visible à l’invisible, du conscient à l’inconscient. L’artiste par ses œuvres crée des suites de creux, failles, versants, replis, enfoncements, trouées, surgissements. Elles embuent les figures internes ou externes, en consume le vernis jusqu’à la transparence. Existe soudain ce qui nous regarde et qui nous reflète dans ce que nous ignorons.  De telles images ne laissent rien perdre de l’absence qu’elles retiennent. Elles nous  traversent pour que nous renaissions car nous étions morts avant, amputés par diverses divisions. L’être y reconnaît enfin l’altérité du regard sans défense. L’hymen de l’ombre et de la lumière creusent l’âme et le corps pour ce qu’ils doivent être : une sorte de cosmos afin que tout recommence. Et que tout reste à écrire. L’artiste en appelle d’ailleurs aux auteurs (rares) qui peuvent suivre ce qu’elle tente là où  l’image naît de l’espace entre les mots et le silence. Là où l’image nait des mots qui touchent au silence comme chez Louis-Combet. L’animisme sensoriel devient l’arme fatale de la sirène. Celle-ci n’a plus rien à voir avec la piégeuse des mers. Même si ces dernières restent la seule « terre » où nous étions avant. De là naissent les images de « nudité » parfaite d’une artiste rare, pénétrante et secrète.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

10:14 Publié dans Femmes, Images | Lien permanent | Commentaires (0)

Les commentaires sont fermés.