gruyeresuisse

11/12/2014

Dino Valls et les corps suppliciés des femmes

 

Valls bon.jpgImbriqué dans son propre corps comme dans celui des femmes telles que la peinture religieuse et le bondage les ont représentées Dino Valls  ne cesse de mettre en place un monde tourmenté et mortifié. La femme y devient « héotontimorouménos » baudelairienne : à savoir bourreau d’elle-même même si elle n’a rien à se faire pardonner. Des laves de voluptés masochistes terrassent et sublime l'horizon éthéré des portraits féminins. Animée par un imaginaire en continuelle dérive mais aussi en état d’extrême lucidité l’œuvre reste par excellence une quête d’exigence ouverte sur la béance de divers plaies. Dino Valls  y plonge, invente des récits, donne corps à bien des mutismes et des ombres où les figures « christiques » se conjuguent au féminin.


Valls bon 2.jpgSurgit une poétique politique à travers le mythe chrétien repris et corrigé dans une « furor » froide où s’incarne la peur surmontée et la volonté de lutter. Dans ses contentions de douleur qui l’emprisonne Dino Valls superpose deux temps de la culture occidentale. Son aurore et son crépuscule sont réunis dans le corps vulnérant de la femme. Au milieu des chaînes et stigmates qu’elle s’inflige un lyrisme glacé et exacerbé devient palpable. Là où d'autres pourraient multiplier les effets, ne reste ici que l'essentiel. La femme n’absout jamais la cruauté des maîtres et l’asservissement dans lequel elle semble s’enfermer. L’œuvre devient une  marche forcée sur un chemin de Damas modèle XXIème siècle jusqu'à  atteindre une nuit originelle dont personne ne sort jamais. Dino Valls s’adresse à notre société : il n’est pas de ceux qui font du bruit avec les images mais qui ne montrent rien qui vaille sous prétexte de se débarrasser de la part la plus inconnue d'eux-mêmes. L’artiste dégomme les dogmes religieux, politiques et esthétiques afin que le monde soit regardé tel qu’il est. Et plus précisément avec des yeux écarquillés.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

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