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03/12/2014

Julien Sirjacq héritier du futur

 

Vinogradov.png“Sudden Archives - a spectral recollection”, Julien Sirjacq feat. The Bells Angels, du 15 novembre au 13 décembre 2014, au Circuit, centre d’art contemporain, quai Jurigoz, Lausanne

 

 

 

 

 

Julien Sirjacq est un passionné de musique. Mais il s'intéresse aussi à lʹespace urbain, à lʹhistoire des bâtiments, à la manière dont ils peuvent être habités et « interprétés » par des individualités. Ses œuvres agissent in situ en proposant un récit en temps réel qui retrace le devenir alternatif et fantastique du sujet choisi : ici de Vinogradov. Ce sujet fait d’ailleurs le joint entre les centres d’intérêt de l’artiste. Ayant découvert dans des cartons abandonnés - et par un hasard qui fait bien les choses - des documents du chef d'orchestre Boris  de Vinogradov (membre fondateur de l’ensemble « l’Itinéraire », chef de l’Orchestre de chambre de l’ORTF), Julien Sirjacq les a triés,  analysés jusqu’à les transformer en source d'inspiration pour ses expérimentation.  A partir d’un trésor exhumé et sauvé (lettres, photos, partitions, bandes magnétiques) l’artiste a reconstitué une sorte de « fiction » dans laquelle il recompose à sa main l’histoire d’un créateur dont le travail fut au fondement  de la musique spectrale dans les années 70 du siècle dernier. Sirjacq a intégré immédiatement à son travail de reconstitution plastique une dimension sonore. Il a par ailleurs partagé ses découvertes avec des musiciens capables de  questionner l’héritage musical de Vinogradov.

 

 

 

ImageProxy.jpg« Sudden Archives »  devient le second volet de cette recherche. Elle débuta  avec « L’oreille interne »  (Bruxelles, festival Citysonic, 2012).  Le dispositif conçut pour Lausanne se  déploie selon 3 modules : partition / transposition, interprétation / enregistrement et diffusion / production. Les archives sont présentées au moyen de différentes techniques d’impression : du mur d’image  sur l’ensemble de l’espace de Circuit à une fabrique de disques vinyles et une imprimerie où seront produites pendant l’exposition des propositions « multipartitas » mixant images et sons (d’Antoine Kogut à Wanda Obertova, de Laurent Estoppey à Anne Gillot et Kiko Esseiva entre autres). Genres, familles s’écroulent afin de faire jaillir des structures sous jacentes mais sans que le créateur ne cherche à les théoriser. Le dessin improvise du provisoire par sauts et gambades contre tous préjugés. Surgit aussi une spéléologie des sons « décimentées » et décimées dans l’espace temporel. L’extravagance suit son cours sans souci de justification, de critère causal. L’œuvre multiforme devient un essentialisme du réel non par substance mais structure. Au statisme fait place la fluidité. Elle pervertit subtilement les habitudes de voir et d’entendre.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

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