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29/10/2014

Clare Kenny : matières et distinctions

 

 

Kenny bon.jpgClare Kenny, « Tales of the Authentic », Galerie Gisèle Linder, Bâle, du 12 novembre 2014 au 11 janvier 2015.

 

Avec Clare Kenny la matière permet la déclinaison de divers types de reclassification tant sur le plan artistique que social. La créatrice brouille les oppositions : celle entre la photographie basique et photographie dite d’art, comme celle des niveaux de qualité des matières. Chez elle les matériaux sont parfois sollicitées pour leur seule valeur intrinsèque et non pour la soumission auxquels les artistes les utilisent généralement. Clare Kenny depuis qu’elle est installée en Suisse - où elle a exposé à Genève, Lausanne et Bâle – ne cesse de transformer les mediums artistiques. Le cliché devient un matériau qui permet de proposer par exemple des objets en 3 D. L’exposition « Tales of the Authentic » (Contes des Origines)  reprend des œuvres de 6 séries. Certaines regroupent des photographies « classiques », d’autres font du verre une matière de sculpture, d’autres  encore deviennent des objets « mous » à même le sol. Dans les nouveaux travaux inédits le plâtre est travaillé selon des techniques chère à la décoration mais sont totalement revisitées.

 

Kenny bon 2.pngL’artiste propose entre autres un retour vers ses origines (le nord de l’Angleterre). Ses œuvres deviennent un miroir de la grisaille des villes industrielles de jadis. Celles-là deviennent des documents hypothétiques mais néanmoins explicites où l’illusion fait le jeu du réel. « Arrested Developpement » propose des impressions en plâtre crées à partir de moules photographiques et selon la technique dite du scagliola propre à créer l’imitation du marbre. Néanmoins pour Clare Kenny il s’agit moins de créer un stoppage en stuc que de concentrer le regard sur la force du matériau a priori non muséal. A l’inverse Pebbledash (disque en un crépi qui est devenu le must de la rénovation des maisons en Angleterre) prend valeur de peinture abstraite. Chaque pièce du  « puzzle » par ses techniques obviées creuse des voies adjacentes à l’art. 

 

Kenny bon 3.jpgLa créatrice poursuit l’élaboration d’une œuvre rigoureuse, nourrie d’histoire sociale au nom d’une humanité piétinée. Harmonies et dysharmonies deviennent un contrepoint du réel et de l’art. La distinction support/image perd de sa superbe. Clare Kenny rend  illégitime la vision classique ou si l’on préfère le pacte que le regardeur entretient avec l’œuvre d’art. Par ses amalgames elle crée un travail de résistance. Mixant les techniques selon une perspective chère à toute une recherche contemporaine, elle ne considère plus l'image en tant que supplément superfétatoire de formes, mais explore ce qui les travaille du dedans. D’où la force silencieuse d'œuvres qui empêchent les lapalissades d'un art à l'autre comme du réel à sa représentation.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

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