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25/10/2014

Andreas Hochuli : exercices de liberté

 

 

Andreas.jpgAndreas Hochuli, «La confiance des ménages», galerie Heinzer Reszler, novembre-décembre 2014.

 

Andreas Hochuli, « Atrocity Exhibition Archive Paradoxe : déambulations dans la Foire aux atrocités », Lausanne : Ecole cantonale d’art de Lausanne, 2014, 92, 28,00 €

 

 

 

Andreas Hochuli a besoin de vivre chaque journée, de jouir de tout ce qu'elle peut réserver. Cherchant à faire les choix dictés par son caractère et sa sensibilité l’artiste renonce à presque rien. Surtout pas à son travail en cherchant à être lui-même. S'inscrivant dans une problématique de crise, il refuse de dévoyer l'art en un pur "coup" à blanc et qui ne vaut que comme tel. La  force de l'analyse chez Hochuli  n’a d’égale que sa propre créativité et son énergie. Loin des glacis, des jeux délicats de reflets et de moires, loin aussi des harmonies subtiles,  l’artiste opte pour une approche critique et incisive. L’art reste avant tout objet d’intervention critique et ironique en prise constante sur les problèmes esthétiques de son époque.  Le tout en perpétuelle évolution vers une forme d'épure qui tente d’approcher l'essence même de l'objectif qu’il s’est fixé. Dès ses premiers travaux (un peu à l’image d’un Ben) Hochuli affronte la question de la figure et de l'abstrait pour la déplacer vers un art plus conceptuel en une sorte de rectitude formelle qui se moque des canons esthétiques qui ferment sur eux mêmes.  L'artiste a souvent multiplié ses propres commentaires sur son œuvre au sein même des ses créations. Le tout en absence de didactisme et une forme de liberté créatrice. Rien n’y est plombé par la pesanteur d'un discours idéologique même si l'œuvre devient l'analyse de la société et de l'individu par la peinture.

 

 HOCHULI 2.jpgSon œuvre garde la particularité de pousser l'art dans ses termes les plus essentiels.  Au moment où nos sociétés cherchent à se rassurer en accordant par exemple un « prix » à la  seule signature, Hochuli demeure sourd à une telle conception et attire les différents arts et la poésie pour les jeter les uns vers les autres. Ce point de rupture est donc le contraire de la séparation et de la division. De reprises en reprises, de segments en segments Hochuli sème l'épars et l'homogène, le flux persistant, la dispersion insistante. Au sein de cette confrontation communicante il montre une unité secrète du monde. A nous d'en tirer les conséquences : aller au bout de la « maladie » de l’art et ce qu’il peut permettre de comprendre sans se soucier des lois du beau et de l’obéissance. L’artiste veut que tout artiste ne se contente pas de  piétiner  ses propres labyrinthes : il leur demande de savoir de quoi ils sont faits et pourquoi ils les retiennent. Créer pour lui revient à avancer à tâtons et en luttes perpétuelles vers d’autres avènements. L’art est donc un « terme » et non un absolu ni un oratoire à dévots. Athée artistique positionné sur des points limites il atteint un bord de la représentation. Il engage l'être en ce mouvement qui s'emporte et emporte avec lui  le beau au delà du bord paisible où il se situe trop souvent. L’artiste atteint le trouble de la raison qui pour Lacan « ne peut aucunement se limiter à une notion psychologique, c'est une notion ontologique absolument foncière » (Le Séminaire, Livre VII). On aura compris que dans l'oeuvre existe donc une proximité de la beauté qui excède ce qu’on entend généralement par ce concept.  Cela peut-être une forme de "pornographie" que certains mots intégrés dans les œuvres soulignent mais pas celle des parcs d'attractions, pas celles de tous les Disney-world compagnies.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

08:52 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

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