gruyeresuisse

14/10/2014

Liliana Gassiot et les femmes-seuils

 

 

 

 Gassiot 3.jpgLiliana Gassiot, Suture, art&fiction, Lausanne

 

 

 

Liliana Gassiot - depuis L’Ondallaz où elle habite - aime tirer des fils visuels ou symboliques. Entre autres ceux de la naissance et de l’appartenance - thématiques majeures de la créatrice. Plastiquement  l’œuvre est liée à un univers organique et végétal que l’artiste transfère  en des suites de dessins au graphite. Ils évoquent la mutation, la ligné mais aussi le chaos. Ses « fontaines » dessins brodés aux fils noirs racontent des cycles  à la fois érotiques et magiques où tout se mêle sans forcément s’imbriquer. Portraits de femmes, éléments de leurs corps sont recadrés sous forme de reliques. Liliana Gassiot suggère par ce biais l’envers du monde, ses parties cachées, ce que l’on n’ose pas dire ou montrer parce que cela paraît commun ou trop laid.

 

 

 

Gassiot 2.jpgChez l’artiste, pas de lyrisme. D’une manière frontale s’instruit une confrontation où la féminité dans ses stigmates ne perd jamais de sa superbe loin des effusions sentimentales.  Un tel « échange » en son défi précipite dans un gouffre de pensées, un sentiment d’inquiétude non sans humour parfois. L’image n’a plus besoin d’écriture, juste parfois un titre qui souligne l’anecdote ou l’allégorie. L’iconographie devient le plus superbe démenti à toutes aux oies blanches et à la Vierge Folle de Rimbaud, la plaignante vivant au dépend de l’amour du mâle et qui affirme  « J’étais sure de ne jamais entrer en son monde(…) Que d’heures des nuits j’ai veillé en cherchant pourquoi il voulait tant s’évader de la réalité ». Liliana Gassiot a mieux à accomplir qu’à faire le lit de tels hommes. Le temps de la naïveté se termine.  

 

 

 

Gassiot 4.jpgEn guise de clin d’œil par ses effets échevelé l’art devient ainsi primitif et futuriste. Il ne s’agit plus de peindre des passages vers divers types d'extase. L’attraction, à l’épreuve du réel, est autre. L’artiste en  épouse son suspens, ses torsions, ses boucles. La femme n’est plus ersatz, porte-manteaux, transparence, hypothèse plus ou moins vague. Elle devient par le fragment le seul sujet du visible dans la solitude où l’artiste la saisit. Il s’érige comme présence de toutes choses. La femme-seuil est donc la dimension du monde comme présent et absent. Il englobe la féminité et son mystère, contient l’invisible et le visible.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

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