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02/10/2014

LUFF 2014 (Suite) : Bryan Lewis Saunders ou le dessin-sensation

 

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A l’occasion du LUFF 2014 (Lausanne) Bryan Lewis Saunders présente son livre « La troisième oreille et autres textes », ainsi qu’une performance . Un portrait de l’artiste sera projeté dans le cadre du « Short Film Selection : Documentaries ». Le poète performer harangueur, créateur de la « stand-up tragedy » fait preuve d’une rage verbale héritée de la beat generation, et du lyrisme du spoken word et de la performance poetry. Ses textes logomachiques et ses  glossolalies destructurent le langage dans une veine chère la Artaud et taraude l’inconscient comme ses dessins « sous influence ». L’artiste vit chichement à Johnson City (Tennessee) en refusant de les vendre malgré de nombreuses sollicitations. Il enregistre les monologues qu'il prononce dans son sommeil. De tels « Sleep Works »  sont reproduits selon la méthode d'écriture surréaliste, enregistrés puis réinterprétés par des musiciens.

 

 


saunders.jpgDessins et textes créent divers processus perturbations des perceptions. Parmi les premiers certains sont produits sous diverses drogues. Acérés ou flous, si l’artiste ne les commercialise pas c’est en grande partie parce que la célébrité lui vient de la drogue même si elle ne contribue que fort peu à la variété de son œuvre. En effet depuis le 30 mars 1995 Saunders dessine chaque jour un ou plusieurs autoportraits sur des feuilles de même format A4, qu'il classe soigneusement dans de grands livres. Ceux présentés à Lausanne et dans son livre  exprime les sensations produites par les gestes tendres ou sexuels qui permettent de jouir ou de faire éprouver à l’autre un intense plaisir. Pour autant ces œuvres n’ont rien de pornographiques. L’impressionnisme des sensations est de rigueur par le jeu des formes et des couleurs. L’artiste se refuse à suivre le sens de la tradition : son dessin s’oppose aux normes et à la fonctionnalité  inhérente à l’érotisme comme à la pornographie. Une telle lisibilité plastique fait de l’invité du LUFF  un irrégulier parmi les irréguliers : l’éros est mis de beaux draps mais pas ceux que l’on attend tant ils se tordent.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

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