gruyeresuisse

18/09/2014

Abîmes d’Otmar Thormann

 

 

 

Thormann.pngOtmar Thormann, Fotohof,  Salzburg,  21 Novembre 2014 - 17 Janvier 2015.

 

 

 

C’est en Suisse qu’Otmar Thormann publia ses premières photographies.  Polymorphe lucide l’artiste fait parfois dans le détail pour mieux renverser les visions. Il procède généralement dans l'angoisse, plus rarement dans le bonheur. Il existe dans ses photographies bien des métamorphoses anthropologiques. Certaines pompent la chaleur humaine dans leurs entrailles et leur viscosité hors mesures. Jamais vulgaires ou platement obscènes les figurations possèdent parfois des articulations mathématiquement impossibles (ce qui ne les empêcheraient pas au besoin de fêter le cinquantenaire du bikini). Néanmoins Thormann aime plutôt le progrès,  les mutilations complices quitte à proposer des positions pouvant heurter la sensibilité. Le regardeur n’est jamais au bout de ses surprises. La photographie traverse les corps en rafales, les désagrègent pour en laisser parfois que des talons hauts. Ils se localisent allusivement vers le sexe ou le rire. Le déclencher passe justement par l’incartade. La hauteur dite d’homme est tout simplement indexée à la nudité de ce rire.

 

Thormann 2.jpgDans ces photographies l’espace compris entre la vie et la mort est intérieur, il se retourne  comme un gant. C’est une histoire d’os en quelque sorte. L’ensemble des signes manifestes de l‘existence ne fait que renforcer sa propriété réversible. Chacun reste fasciné par  l'exhibition de cette dilution charnelle dans l'électricité nocturne. L’artiste cultivedonc  une beauté étrange ni par excès ni par défaut. Sa méthode comporte une légère perversion qui en fait tout le charme. Une conquête à peine démêlée, une autre embrouille se dessinent pour venir à bout du corps. La féminité qui était jusque là  dans les nattes est partie dans les colonnes vertébrales puis en des chaussures.  Il y a là un certain suivi physique... Il rappelle forcément la nudité mais de manière obviée. De tels phénomènes magiques ont l'apparence de petites vengeances dont l’humour semble parachuté d'ailleurs. Restent la béance et le vertige devant l'abysse du désir. Il se double d'une  inquiétude de ne pas pouvoir se matérialiser.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

09:56 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)

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