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09/09/2014

Raphaël Julliard : tout est bon dans le jambon

 

 

Julliard BON 3.jpgRaphaël Julliard,« Chromozone » , exposition  produite par le CEC du 18 septembre au 29 novembre 2014 et  « RREPTILES » livre d’artiste, 88 pages. Édition du Centre d’édition contemporaine, Genève, 2014.

 

Le Genevois Raphaël Julliard aborde diverses pratiques : dessin, peinture, installation, vidéo, performance. Chacune est modulée dans un processus de création qui peut parfois aboutir à un travail critique voire conceptuelle en partant néanmoins du concret le plus simple et considéré comme anecdotique. La création plastique peut donc surgir d’un quasi « hasard ». Réussite ou échec : ces mots sont inopérants pour définir des œuvres où tout est concentré sur la rigueur pas forcément perceptible car enduite de légèreté quasi nonsensique. Par exemple, reprenant la généalogie  d’un  sandwich jambon-beurre, l’artiste est parti du grain de blé au produit final en passant par l’battage du cochon et le barattage du beurre (Mon Sandwich, vidéo). Proche d’un radicalisme punk et dadaïste il a cherché avec Martina-Sofie Wildberger et Jérémy Chevalier, un événement nul, un geste zéro dont le rien  produirait néanmoins un effet créatif imprévu (le Grand N’Importe Quoi, performance, février 2011).

Julliard BON.jpgAussi prolifique que précise, parfois autobiographique et souvent ironiquement  référencée la pratique de dessin et des mots (qui jouxtent certaines œuvres) mettent en avant le langage. Le calembour, le glissement phonétique ou de sens créent une mise en déséquilibre de ce que l’œuvre plastique semble faire tenir « debout ». Au Centre d’Edition Contemporaine de Genève l’artiste propose une exposition et  un livre d’artiste très particulier. Les deux retracent la rencontre du créateur avec un homologue américain : Richard Tuttle maître majeur du post-minimaliste actuel. L’exposition est une installation de grands dessins au crayon sur rouleau de papier et de mobiles en fil de fer style porte-manteau de pressing.

 

Julliard Bon 2.jpgGrâce à Tuttle Julliard une nouvelle fois pratique l’art de la référence. L’ « invité » reste pour le Genevois un maître dont le travail permet d’approfondir sa propre démarche. Il se module dans le livre d’une conversation avec l’Américain. Le dialogue devient une manière de socle aux futurs travaux de l’artiste. Par cette enquête filée auprès de Tuttle l’artiste renforce une esthétique de la précarité formelle et une pensée de l’éphémère visant à contrecarrer toute une idéologie plus ou moins métaphysique de l’art sans pour autant basculer dans l’inverse : un matérialisme que Julliard et son gourou provisoire décapent par le minimalisme et sa force d’épure et d’érosion.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

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