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31/08/2014

Poétique de Christian Bernard ou le "porteur de Christ en bandoulière"

 

 

 

 Bernard.pngChristian Bernard, « Nous sommes seuls », Walden n press – Trémas, 2014-08-31

 

Le directeur du Mamco est un des poètes les plus discrets qui soient.  Habile à « bâtir un théâtre dans sa paume » par des sonnets qui sont « autant de départs de feu » (comme le prouve «Petite Forme », éditions Sitaudis, 2012) le poète trouve là un moyen de d’écrire forcément court faute de temps. L’œuvre restera par ce fait inachevée, inachevable : ce qui n’enlève rien à sa force de capillarité.  Nourri des ellipses géniales d’un La Fontaine comme du lyrisme de Pound, Cummings mais aussi éclairé par la poésie latine comme de ceux qui rouvrent la langue d’aujourd’hui (Philippe Back par exemple) l’auteur se fait « colporteur de crécelles ». Il publie principalement ses textes dans un dispositif particulier : celui de « Walden  n press » dû au graphisme de Ho-Sook Hang. « Portant le Christ  en bandoulière » par son prénom le poète ne confond pas poésie et spiritualité. Il préfère la généalogie de son nom dont l’étymologie ramène à « dur comme l’ours ». C’est dans cette acception primitive que l’écriture et l’imaginaire de l’auteur prennent leur source. L’entretien (avec Sylvain Thévoz) le prouve. Chercheur de transparences Christian Bernard y restitue - sans flagorner le moins du monde – bien des traces de l’énigme du monde. Ce dernier rayonne soudain d’une lumière d'une grande savane que le poète fait vibrer avec humour et un certain sens du merveilleux.

 

(les citations sont tirées du livre du poète)

 

Jean Paul Gavard-Perret

 

 

 

Catherine Bolle : levées de lumière

 

 

 

Bolle.jpgCaherine Bolle, « Spectrales », Galerie Graf et Scheible, 5 septembre-18 octobre 2014, Bâle

 

L’image est dans l’œuvre de la Lausannoise Catherine Bolle comme la viande saisie l’argile chaude. Elle demeure sans bouger, elle tressaille dans l’immobilité. Tout est clos et pourtant tout éclate selon diverses techniques. Il y a des estuaires, des bras de mer, des monticules  terrestre, l’ensemble en quête de passages selon d’immenses embrasures. L’artiste n’indique jamais clairement les directions : parce que sa peinture lui échappe, parce qu’elle la conduit où rien ne se pense. Tout avance selon un voyage intérieur qui descelle les pliures ou les conserve lorsque cela est indispensable. Une telle œuvre réveille, elle engage en ouvrant des portes et sans donner ce leçons.  Nous « entendons » à travers les « spectrales » une multiplicité de « voix ». Et qu’importe si nous restons sourds. L’œuvre n’attend pas, elle scrute l’indiscernable en ses « recollections », ses pénétrations de la peinture par elle-même. Elle laisse toujours chez l'artiste passer la lumière. Taches rouges, enchevêtrements de bleu, filets de blancs nourrissent  l’image de ressemblances indéchiffrables entre terreur et extase. De fait le monde est là en illuminations intempestives. Par le dessin ou le tracé l’imprévu règne en maître en plan fixe comme en tohu-bohu. Une fois de plus Catherine Bolle s’impose dans ces œuvres inédites comme une artiste majeure capable. Elle est capable de dire la nuit et le jour du monde, le passage du déchet à l’éclat là où dans l’immobile et la furie tout se montre par bribes.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

30/08/2014

Voyage autour de la chambre : Antoine Jaccoud & Isabelle Pralong

 

 

 

Pralong.pngAntoine Jaccoud & Isabelle Pralong, « Adelboden », Editions Humus, 2014, exposition des dessins Galerie Humus, Lausanne.

 

 

 

Antoine Jaccoud rappelle tout ce qui tourne autour du sexe faisant abstraction (ou presque) de l’acte lui-même. Plutôt de savoir comment se pétrissent les corps l’auteur et la dessinatrice montrent ce qui se cache derrière, dessous ou à côté. Ils mettent à nu la noblesse ou la médiocrité des adeptes du jeu de piston jusqu’à ce que tout soit très passé - sauf bien sûr l’envie de recommencer. Les fornicateurs sont donc montrés tels qu’ils (et elles). « Môcherons », loustics ou matrones sont excités comme un peuple en lutte par multiplication des mains et swings des valseurs. Tout cela fait de la bonne musique. D’autant que lorsque le cœur est mécanique les marteaux parlent de plus haut.  Gare aux oreilles. Mais il faut de la testostérone et du toupet à l’âme afin de  battre le « faire » pendant qu’il est chaud afin de  forger d’inoxydables plaisirs.

pralong 2.jpgLes deux créateurs prouvent que tout ange descend du singe et qu’il reste facilement trousseur sur banquette arrière de 4 L ou de Coccinelle VW. Et ce qu’importe l’heure et le jour (ou la nuit).  Ce qui tourne autour du sexe promet donc autant de joies, d’erreurs, de vertiges que de vampirismes ou de falbalas. Il suffit que la coupe soit pleine afin de prendre feu et l'eau à la fois. Reste à savoir qui boit la tasse en de merveilleux sous-bois entre des jarres de dentelles et des portes jarretelles. De jeunes cobras y firent naguère bien des pique-niques   Antoine Jaccoud le rappelle. Et Isabelle Pralong le montre. Et qu’importe si ses égéries  prennent du poids et de l'âge. Entre Babyliss et Lysanxia chacune reste prête à compter fleurettes dans des rutabagas. Leur comparse s’en empare sans gants et pincettes  parfois avant de prendre la  poudre d'escampette, parfois afin de peaufiner l’inachevable.  Preuve que le sexe se divise en deux parties.  L’une est pleine des vertus et fleurit au grand jour, l’autre se drape des bassesses. En  mélangeant les deux (ou si l’on préfère le haut et le bas, la sainteté et la souillure) il arrive que les seins deviennent pour la bouche  comme deux boules de glaces. A leur sommet trône une framboise à déguster. Certaines appellent cela  “ faire le crime ”. Tous  viennent pour l'homicide.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret