gruyeresuisse

25/08/2014

Philippe Fretz l'homme seuil

 

 Fretz.jpgPhilippe Fretz, "In Media Res 4, Seuil et Terrasse I", Accompagné d'un texte d'Hubert Renard, art&fiction, Lausanne, 2014

 

 

Aux paroles de la Vierge Folle de Rimbaud - « J’étais sure de ne jamais entrer en son monde(…) Que d’heures des nuits j’ai veillé en cherchant pourquoi il voulait tant s’évader de la réalité. Jamais homme n’eut pareil vœu » - Fretz répond en montrant par quels escaliers ou terrasses cela peu passer. L'artiste reste avant tout l’homme des seuils : ceux de la culture et de l'histoire de l'art qu'il revisite  comme de ceux qu'il invente. Il dessine et peints des passages vers divers types d'extase. Son travail garde ici un œil sur divers édifices. Il subit leur attraction implicite et y cède comme à de beaux mirages. L’artiste vise à en faire naître le lieu de transit du désir. Il entraîne au delà du monde sans jamais le quitter, épouse son suspens, attentif à en repérer les signes souvent inaperçus. Déréaliser ainsi le monde ne revient pas à le nier, c’est le mettre à la jonction de plusieurs dehors et dedans.

 

L’extase du monde passe par le fait de laisser le regardeur en des lieux qui marquent le passage vers une autre chose  : avant de nous échapper elle échappe à elle-même. Apparaissant, ce quelque chose produit sinon une esquive du moins une attente. L’extase du monde passe par donc par de escaliers ou terrasses qui sont moins des réceptacles que des signes. La "maison" est là mais  nous n'y entrons pas. Reste la dépossession au point où le monde est dépassé mais où le nouveau n'est encore qu'une hypothèse plus ou moins vague. L’invisible est dans le visible comme le nombre dans la solitude. Ce qui est seul est seuil, sans rien d’autre. La présence disparaît en toutes choses pour être paradoxalement présente de toutes choses. Le seuil reste la dimension du monde comme présent et absent. Il rappelle combien nous sommes toujours en exil. D’où la mélancolie qu’il génère (plus que l’angoisse ou la peur). Car le rien est au fond du seuil comme il est au fond de la solitude. Il englobe l’être et son néant, contient l’invisible et le visible.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

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