gruyeresuisse

24/08/2014

Camilla Maraschini : décalages

 

 

 

Maraschini 2.jpgLe monde de Camilla Maraschini est sans cesse parcouru d’obstacles que les êtres (femmes surtout) calés ou décalés tentent de vaincre. Ces personnages peuvent sembler fretins ou frisures mais ils deviennent des fables. Elles disent quelque chose qui n'est ni le propre ni le figuré. Plans comme proéminences créent non seulement des rythmes mais des lieux de hantise  où il est difficile de préciser le dehors et le dedans et ou les personnages restent en équilibre sur divers "plages" qui sont autant de fils de rasoir. D’autant que l’artiste ne cherche jamais à clore là : elle crée le mouvement au sein de la fixité.  La Lausannoise d’adoption garde un regard empreint de mélancolie mais sans s'y éterniser. Son geste de prise n'approche rien d'établi, il mise sur l'occasionnel, sur l'opacité des  situations pourtant simples en apparence. Le monde n'est pas pour l’artiste un terrain de jeu mais de quête. Son horizon est toujours tenu à distance, oblitéré là où les êtres deviennent de sinueuses tigelles (parfois grassouillettes) physiques et affectives. Elles oscillent sur la matière brute de la réalité.

 

 

 

Maraschini.jpgCamilla Maraschini  n'est ni dans la sensorialité pure, ni dans le rationnel. Et elle n'est pas plus dans une superposition des deux. Elle se situe dans l'entre-deux qui sépare au sein de l’espace les êtres et les choses. Dessins, peintures ou sculptures deviennent des paysages intermédiaires, des marges centrales. Une douceur étrange envahit le vide mais elle n'a rien de sentimentale puisqu'elle ne répudie pas le tranchant de la visée et refuse l’artifice. Cette douceur n'est ni tranquille, inquiète, arrêtée ou  muette mais peut devenir violente intérieurement, intrinsèquement.  La plasticienne possède en ce sens le mérite d'apaiser sans édulcorer. La douceur est la force de la lumière sur l'ombre, du talc de la première sur l'"encre" de la seconde. Chaque pièce est l'amorce d'un état flagrant de l'existant là où apparemment il n'en existe plus guère parfois. D'où le développement en dissonance de diverses harmoniques. Où il y a presque rien, surgit un presque tout.

 

09:04 Publié dans Femmes, Images, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

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