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05/08/2014

Max Leiss : le pur inachevable

 

 

 

Leiss.jpgMax Leiss, « Caravan 3/2014 », Aergauer Kunsthaus, du 23 août au 16 novembre 2014.

 

 

 

Avec l’artiste de Bâle le monde se réduit presque au néant. Mais non sans ironie. Une ironie majeure. Le monde réduit à son presque rien est fondé sur des abstractions collationnées à partir de matériaux trouvés ou créés comme figures les plus simplement sensorielles. Ces figurations mises en scènes en divers jeux expérimentaux possèdent une beauté particulière. Si bien que Max Leiss pourrait faire sienne la phrase de Mallarmé : « Après avoir trouvé le néant j’ai trouvé le beau ». Et ce au sein d’une sorte d’évaporation de formes qui donne aux assemblages l’impression qu’il n’existe pas plus  d’être dans la personne, ni de vérité dans le concevable.

 

Par la fragmentation, la stratification, l'éclatement surgit un jeu sur l'équilibre et le déséquilibre Le créateur ne s’appuie pas sur le registre de la majesté mais sur son décalage. Le déséquilibre qu'il instruit donne plus de force à l'ensemble de l'espace architectural. La « sculpture », l’installation ne se veulent plus de simples répits ou repos du regard par rapport à cet espace. Elles ne sont pas plus sa transgression mais son point d'appui et d'aboutissement. Plus qu'une tension de nature épique ou allégorique est proposée une immersion dialectique.  La "déconstruction" même de l’espace  en est l'indice.  Artiste de la perturbation Leiss remet donc en question l'enjeu de la représentation Il montre toujours le vide que le plein appelle en des expériences aux polyphonies d'éléments épars-disjoints.

Leiss 2.jpgUn monde flottant apparaît : le figuré devient le réel sur lequel ce dernier ne peut plus se plaquer. L'artiste rappelle que la sculpture -comme l'architecture - se constitue dans le sensible mais aussi par le sensible qui lui permet de trouver ce que Carl André appelle « sa seule harmonie ». Au propos visuel de la connaissance le jeune créateur oppose le réseau de perceptions d’aspects incongrus pour jouir de la beauté qui s’y marque. Une beauté cachée dans le vide. Il ne s’agit donc pas d’ajouter mais de réduire. De se contenter d’un séjour en un toast aussi funèbre que lumineux. Il peut suffire à quelques instants de plaisir.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

10:23 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)

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