gruyeresuisse

26/07/2014

L’amour fou selon Anne Lugon-Moulin

 

 

images.jpgAnne Lugon-Moulin, Le Puits, Editions Rafael de Surtis, Cordes sur Ciel, 34 pages, 14 E.

 

 

 

 

 

L’étouffement prévaut à la lecture du texte (superbe) d’Anne Lugon-Dumoulin. Ce sentiment suscite de manière perverse une sorte d’extase. Le lecteur voyeur assiste presque avec délectation à la dégradation ou plutôt à la noyade  de celle qui bouillonne d’abord  dans la « vapeur qui mange l’existence » et lui fait perdre la vie par les morceaux de sa chair avant de sombre. On retrouve  ici une  vision chère au Beckett du Dépeupleur.  Chez lui cependant la métaphysique l’emportait sur la physique. Par un processus inverse, l’écrivaine fribourgeoise produit un monde aquatique. De la femme à la « flaque » il n’y a plus qu’un pas que son héroïne accomplit pour s’y dissoudre par effet de « trempette » - comme aurait dit Roger Rabbitt…

 

 

 

Lugon 2.gifL’eau devient ainsi la terre de sa tombe dans un étrange bain de fusion où le réel et l’imaginaire se rejoignent.  L’étau s’y fait spongieux. Il n’en est pas pour autant moins oppressant. Au contraire. Certes l’appel à l’amour fou s’éprouve dans un jeu de perception entre la pure figure et la littéralité. Au lieu de se mixer il éclate : le vide n’est pas un rien, il est aquatique. Et si la poussière que nous sommes à son contact sera réhydratée nous n’en trouverons pas pour autant – et à l’image de la narratrice - notre salut. En cette fantasmagorie allégorique l’eau immole et noie tout. Jusqu’au cette bouée de corps mort à laquelle Anne Lugon-Moulin se garde bien de donner un nom.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

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