gruyeresuisse

17/07/2014

Claudia Fellmer ce que le réel ne dit pas

 

 

 

Fellmer 2.jpgCe que le réel ne montre pas en son si long présent et  son insistant et paradoxal avenir Claudia Fellmer le déplie, l’arrache.  Quoi de mieux en effet que l’art repris et reconfiguré pour mettre en scène ce que les apparences cachent ? Dans les blancs des territoires, dans la jungle végétale loin de tout folklore l’artiste perfore  les trous de silence du paysage parce qu’elle a souvent  l’impression de vivre à découvert sur le néant en complice du destin qui s’impose à elle come aux autres. Elle sait tirer de la nappe d’un champ de graminées sous l'entonnoir de la lune une onde visuelle. La photographie devient l'espace poétique qui s'étend en soi-même comme sans le monde. Le tout sans le besoin de la hauteur d'horizons lointains. Le monde se transfigure tout en évitant la traîtrise de la métaphore. C’est donc parfois blanc sur blanc que l’image devient  comme chez Malevitch l’image de l’image,  le silence du silence.

 

Fellmer sa photo.jpgChaque œuvre instaure un acte de naissance avec un peu de mythe en lui. L’artiste en reste la mère en relevant des états dans la profondeur du temps. Celui-ci n’est pas (comme chez Duras) l’absolu passé de la mélancolie puisque Claudia Fellmer sublime l’impossibilité du mot en désertant son désert et en le faisant exister dans le hors, le trou d'attente et d'atteinte. En conséquence même si comme dans une chanson (dont la Vaudoise doit sans doute renier avec raison l'emphase)  "Avec le temps va tout s'en va ", demeure la puissance d’images qui parfois hésitent mais se redressent « avec ratures et béances ».

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

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