gruyeresuisse

16/07/2014

Anneonyme (Anne Bourgeois-Meier)

 

Meier bon 2.jpgL’œuvre d’Anne Bourgeois Meier est inclassable et brutale. Entre ses gisants et ses livres tout un monde de l’inconscient remonte à l’insu de l’artiste. Elle ne cherche pourtant jamais à choquer : elle avance. Hors cadre, hors lieux. On retrouve bien sûr des arpents d’art brut, de Balthus, de Munch. Mais il y a surtout une personnalité déchirée et poétique. En propre une femme qui crée ce qui lui importe et fait baisser jusqu’à la garde tous les modèles de vert esthétique. L'artiste rattrape et capte  les insectes de sa pensée qui volent de tous côtés avec des étirements, des prolongations parfois des sutures. Elle met au point une balance pour peser le deuxième sang, le second lait.Pour le reste il suffit de ressentir le frisson qui flotte dans les "pages" de ses livres, dans les linceuls de ses caveaux. Se succèdent des moments rares, rentrés d’épines enfoncées dans les idées.

 

Meier Annz bon.jpgAnne Bourgeois Meier transperce, ramasse, lange. Devant un tel travail de « cruauté » on est pourtant tenté de parler de bonheur. Surgit la vie qu’on cherche, l’incendie de la douceur. Et de l’angoisse aussi. L’artiste fait la lumière même si parfois elle  a mal à ses formes, ses couleurs, ses secrets. Elle martèle dans son crâne un « ça n’a pas d’issue » mais reste éveillée et va droit au registre de l’avenir.  Sa main peut se lever, s’en aller loin de son bras et ne rien déclencher. Mais elle imagine déjà le prochain mouvement, l’autre caresse. Tout se passe là où se touche ce qui est redouté. L’imaginaire s’étire comme un courant chaud à l’intérieur d’une épaisseur cachée car la plasticienne ne propose pas des « façades » mais ce qui ne se montre pas. Pour que cela surgisse Anne Bourgeois Meier recommence sans cesse, rempile. Le corps s’ouvre, se laisse écarter à mesure qu'il est recouvert de bandelettes blanches. Œil reculé, œil physiologique, œil cosmique. Impulsion du dedans. La fin qui remonte trouve sa place au fond de la gorge pour manger du cri et du silence qui trouve des formes inattendues. Ordre et chute sont détachés tant est fort le  désir de défaire et de refaire.  Le réel de l'art devient l'incarnation de pensées ivres. L'idée n'est plus d'érotiser ce qu'il y a dedans : on est loin de la représentation du fantasme. Les œuvres sont les parts de nous qui n'ont jamais pris forme et langue. Tout s'articule selon une circulation dont nous ne possédons ni la clef, ni la maîtrise. Le mutisme du corps se change en une chambre blanche d'écho dans laquelle l'artiste met en miroir ou en abîme l'organique et le mental.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

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