gruyeresuisse

13/07/2014

Nelly Haliti : espaces et abîmes

 

 

 

 

 

Haliti 2.jpgL'errance est la lumière de l’œuvre de Nelly Haliti : à une restriction près : elle se doit d'être dirigée à travers l’espace que des mouvements dans les vidéos ou que des êtres ou objets dans les autres médiums incisent. Fragmentation, glissement, coulée qu'importe. L’artiste invente toute une géométrie de l'espace à travers le sillage ou le creux. Une pensée s'enfente et délivre un secret par le mouvement et les présences que les structures créent.  Souvent le noir retient au dessus de son gouffre. Reste une émotion palpable au sein de rituels dans lequel l’espace devient celui de la perte autant que de la présence. Le tout est ironisé afin d’éloigner de toute mélancolie. Nelli Haliti crée une attente imprécise. Elle fait croire encore - ne serait-ce que parce que l'œuvre existe -  à une forme d'espoir même si face à de telles stratégies l’artiste laisse le regardeur perdu. Il devient le témoin muet de ce qui fut et ne fut pas, de ce qui est : une absence - une présence in absentia. Surgissent néanmoins par endroits des sortes un abcès de fixation en pointes ou conglomérats. Demeure ce que dévoilent et cachent les espaces. Ils aspirent la présence.

 

 

 

Haliti.jpgCelle qui ne se refuse pas forcément aux éruptions de l’affect tout en feignant une certaine froideur élargit l'abîme. Celui-ci n'est pas le simple travail d'un intellect tendu afin de découvrir à travers les formes abstraites des signifiances. Il faut au regardeur se laisser aller à l'abandon là où la division architectonique sort du figuratif pour parcourir le chaos qu'elle surplombe  en appartenant à un nouvel espace absolument optique. La réorganisation de l’artiste passe par un espace cartographié de manière inédite. On se trouve alors plus proche de la catastrophe ou dans sa proximité absolue. Diverses organisations se relayent et s'opposent au sein des rectangles de l'image en des séries de variations où la structure d'un nouvel imaginaire échappe aux catégories connues.  Entre les codes cérébraux et le manque à gagner de la sensation,  la forme est intériorisée au moment même où elle gicle de manière "physique". Elle  dément l'ordre des choses en organisant un vide ou un labyrinthe afin de leur donner un sens qui se crée en avançant.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

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