gruyeresuisse

13/07/2014

La nudité qui ne laisse rien voir : Clémentine Bossard

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Plus que se situer entre l’univers de la narration ou du documentaire l’œuvre de Clémentine Bossard ouvre une poétique où travaille l’énigme de l’imaginaire. Paysages et personnages nocturnes ou évanescents mais toujours troublants créent un absolu particulier. Le réel le plus cru n’y est pas pour autant sacrifié. Tout est présent de manière fragile et flottant dans des éclairages aussi froids que prégnants. Ils donnent à chaque corps ou lieu un état de latence que traduit bien le titre d’une série de l’artiste : Volny Doma (maison vague). Au-delà de tout cliché (même et surtout lorsqu’il s’agit de la nudité) l’artiste crée une théâtralité particulière et une présence fascinante soit dans les bains publiques en Russie, soit au milieu les friches industrielles.  La relation au corps et à l'espace y est revisitée entre réalité et onirisme dans une approche que Clémentine Bossard définit ainsi : "Entre mon regard et celui de ma caméra j'essaie de retrouver une présence que l'on peut parfois perdre lorsqu'on se retrouve derrière le viseur ou face à une image et son aspect bidimensionnel ou plat". 

 

 

 

Bossard.pngLa photographe fait de la transparence un mixte de mensonge et de mystère. Celle-ci est donc le contraire d’une évidence. Au voyeur  de se débrouiller là où le génie de l’artiste consiste à échapper à la médiocrité des certains regards. C’est une manière de porter atteinte aux règles même celles du refus de l’existence de la part de celle qui ne se moque jamais du plaisir. Pour elle les initiatives de manquer à la vie sont trop nombreuses. Elle les remplace par tentatives d’évasion ou des efforts de liberté. Cela permet de mettre en abîme le néant pas une poétique de scansions qui se différencie du commun photographique. L’être surgit souvent dans sa splendide solitude mais aussi en sa volonté de s’amuser de tout. Grattant les dépôts du réel Clémentine Bossard saisit donc l’inatteignable. Il ne s’agit pas de modifier le pessimisme mais de lui provoquer une entorse là où, étant donné les décors,  cela reste inattendue.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

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